Notre part de nuit – Mariana Enriquez

Notre-part-de-nuit

Il y a fort longtemps qu’un pavé de 750 pages ne m’avait accroché aussi fort,
je l’ai lu en apnée, au bord du vertige.

Un roman… à couper le souffle !

Dense, puissant
Brillant, audacieux
Troublant, étrange
Intelligent, fascinant
Déchirant, émouvant
Envoûtant, déstabilisant

Notre part de nuit débute comme un road trip. L’histoire d’un père et son fils Gaspard qui traversent l’Argentine en voiture, de Buenos Aires aux chutes d’Iguazu, à la frontière du Brésil. Ce sont les années de junte militaire, entre les contrôles et les tensions un peu partout dans l’environnement. Que fuient-ils  et pourquoi ? Juan, le père de Gaspar est un très grand médium, il fait partie de l’Ordre, une société secrète qui contacte les Ténèbres à la recherche de la vie éternelle. Durant leurs cérémonies, il s’adonnent à des rituels sanglants, des pactes, des mutilations, des sacrifices pour appeler l’Obscurité. Les origines de l’Ordre, dirigée par la puissante famille de la mère de Gaspar, remontent à des siècles, du coeur de l’Afrique jusqu’en Angleterre avant d’arriver en Argentine. Nous allons suivre la vie singulière de Gaspar et sa famille, de l’Argentine au Londres psychédélique des années 70.

Un grand roman INITIATIQUE

Notre part de nuit explore la part de nuit, l’obscur et le mal en chacun de nous.  Il nous fait osciller entre ombres et lumières, entre émerveillement et magie, ténèbres et noirceur.  INCLASSABLE et impossible à étiqueter !

Il transcende tous les genres

D’une richesse et d’une imagination incroyable, un roman qui transcende tous les genres littéraires et tous les clichés. De la saga familiale au drame et à la terreur avec en toile de fond l’Histoire de l’Argentine de 1981 à 1997 dans sa dimension humaine, sociale et économique. L’intime se mélange au politique. Le surnaturel imprègne un grande partie du récit, l’horreur flirte avec le fantastique et le gothique. Les frontières entre le réel et l’irréel sont floues, la mort et la vie s’entrecroisent.

Un melting pot de thématiques y sont abordées : la dictature militaire en Argentine, la répression et les disparitions, la paternité et la relation père-fils, l’hérédité et la question que l’auteure pose ‘transmettons nous nos malédictions à nos enfants ?’,  le passage de l’enfance à l’âge adulte, l’homosexualité, la drogue, l’apparition du Sida, l’occultisme, les mythologies d’Amérique latine, les superstitions et les croyances comme le culte de San La Muerte et de San Güesito, une réflexion sur le Mal, les démons, les maisons hantées. Tous ces thèmes fonctionnent en parfaite alchimie grâce aux fabuleux personnages et aux émotions puissance 10 qu’ils nous font ressentir. Vivants et tellement vibrants, ils nous poursuivent longtemps une fois le livre refermé ! Gaspar et Juan sont entrés dans le panthéon des inoubliables.

Extrêmement bien construit, époustouflant de maîtrise, le roman est divisé en six long chapitres chronologiquement en désordre. Chacun nous donne l’impression d’ouvrir une porte sur un monde différent et nous offre des changements de voix, des perspectives différentes, des sauts temporels. Chaque chapitre pourrait presque se lire comme une nouvelle.

Le lecteur ne sert perd pas en route, il est déstabilisé par moment mais guidé par un fil conducteur, une intrigue principale complexe sur laquelle viennent se greffer des micro intrigues secondaires.

Une magnifique plume

Notre part de nuit se distingue par la qualité de l’écriture. La plume est précise, fluide et très belle. Cruelle et dure par moment. Mais l’auteure ne tombe jamais dans le gore, même quand elle décrit la violence et les mutilations.

J’ai adoré

Un roman dont je m’en souviendrai longtemps. J’ai bien sûr envie que tout le monde le lise, même si je sais qu’il ne plaira pas à tous, ce récit est tellement « à part ». Ceux qui oseront plonger dans leur part de nuit ne regretteront pas le voyage.

Je remercie chaleureusement les éditions du Sous-sol pour leur confiance.

4ème Couverture

Un père et son fils traversent l’Argentine par la route, comme en fuite. Où vont-ils ? À qui cherchent-ils à échapper ? Le petit garçon s’appelle Gaspar. Sa mère a disparu dans des circonstances étranges. Comme son père, Gaspar a hérité d’un terrible don : il est destiné à devenir médium pour le compte d’une mystérieuse société secrète qui entre en contact avec les Ténèbres pour percer les mystères de la vie éternelle.

Alternant les points de vue, les lieux et les époques, leur périple nous conduit de la dictature militaire argentine des années 1980 au Londres psychédélique des années 1970, d’une évocation du sida à David Bowie, de monstres effrayants en sacrifices humains. Authentique épopée à travers le temps et le monde, où l’Histoire et le fantastique se conjuguent dans une même poésie de l’horreur et du gothique, Notre part de nuit est un grand livre, d’une puissance, d’un souffle et d’une originalité renversants. Mariana Enriquez repousse les limites du roman et impose sa voix magistrale, quelque part entre Silvina Ocampo, Cormac McCarthy et Stephen King.

Editeur : Sous-Sol, 768 pages, date sortie : 19 août 2021

L’auteure

Née en 1973 à Buenos Aires, Mariana Enríquez est une journaliste et écrivaine argentine. Rédactrice en chef adjointe dans le supplément culturel du quotidien de gauche Página/12, elle a été nommée en 2020 directrice de la section Lettres du Fonds national des Arts argentin.

Elle est repérée par le public argentin dès la sortie de son premier roman à 21 ans, Bajar es lo peor (non traduit), fortement inspiré de sa vie de punk dans les années 1990. C’est en 2016 qu’elle atteint une reconnaissance internationale avec la sortie de son recueil de nouvelles Ce que nous avons perdu par le feu (Las cosas que perdimos en el fuego), publié en français par les Éditions du sous-sol en 2017.

Notre part de la nuit (Nuestra parte de noche) est le quatrième roman de l’auteure. En 2019, il reçoit, entre autres distinctions, le prix Herralde, prestigieuse récompense du monde de la littérature hispanophone.

4 commentaires sur « Notre part de nuit – Mariana Enriquez »

  1. En te lisant, en sentant ton enthousiasme communicatif, je me dis que ce livre ne peut être que bon! Je note le nom « Mariana Enriquez »! J’aime bien les mélange thriller-gotique avec une pointe de fantastique! Je me permets de te conseiller un auteur disparu il y a quelques années que j’adore qui excellait dans ce style et que tu connais sans doute, il s’agit de William Gay que j’adore!

    Aimé par 1 personne

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