Matrices – Céline Denjean

Matrices

Ceux qui me connaissent savent que je suis Céline Denjean depuis ses débuts. Son premier roman Voulez-vous tuer avec moi ce soir  découvert au hasard d’une flânerie en librairie a été une très belle surprise. J’ai dévoré les 384 pages d’une traite, je me souviens encore de mon coup de soleil. Depuis, j’ai tout lu et j’attends toujours ses sorties avec une fébrile d’impatience.

J’aime beaucoup l’univers de Céline Denjean et sa patte personnelle.
J’aime sa façon particulière de raconter les histoires en entremêlant des récits parallèles avec intelligence et rigueur.
J’aime ses enquêtes complexes abordant des thématiques sociétales.
J’aime ses scénarios pointus, bien documentés, fouillés et toujours très crédibles.
Et l’intelligence de ses propos.
J’aime sa finesse et son souci du détail.
J’aime ses personnages d’une belle épaisseur et d’une grande sensibilité, fouillés jusqu’à l’intime.
Et la façon qu’elle a de plonger dans leurs failles et leurs contradictions.
J’aime son empathie et la grande humanité qui transperce tous ses romans.
J’aime sa belle plume, précise, ciselée et qui s’affine de plus en plus au fil des livres.
J’aime son immense talent tout simplement.
Tous les romans de Céline Denjean sont d’une rare intensité et possèdent ce supplément d’âme que j’aime tant.

Matrices, son sixième roman, ne déroge pas à la règle, on y retrouve sa marque de fabrique. Une pépite noire doublée d’un formidable suspense. Une enquête aux multiples rebondissements explorant la thématique de la gestation pour autrui, le trafic des mères porteuses et toutes les transgressions et dérives. Comme la couverture et la quatrième de couverture dévoile la thématique (ce que je trouve dommage), je vous en parle également. Sinon, j’aurais préféré garder le mystère.

Une violente tempête s’abat sur les Pyrénées, bourrasques de vent et fortes pluies se déchaînent. Une camionnette percute une jeune femme sur la route, elle s’est littéralement jetée sous les roues du conducteur. Elle murmure quelques mots en anglais avant de mourir : « Escape from car… Save the others ». Pourquoi courait-elle en pleine montagne ? Qui fuyait-elle ? Qui est cette jeune femme africaine enceinte sans papier ? Quelle est cette étrange marque qu’elle porte à l’épaule ?

L’affaire est confiée aux gendarmes Louise Caumont et Violaine Menou, un duo d’enquêtrices de la brigade de recherche de Tarbes. Deux femmes fortes et amies dans la vie, deux nouvelles héroïnes hyper attachantes. Les deux gendarmes sont loin de se douter qu’elles se lancent dans une enquête tentaculaire de très grande envergure qui les mènera aux portes de l’enfer. Une enquête qui fera écho au douloureux passé de Louise et fissurera la carapace qu’elle s’était construite.

Quel est le lien entre la Confrérie des Nouveaux Croisés -secte d’inspiration religieuse, aux accointances d’extrême droite néonazi et prônant la pureté de la race-, les fermes de bébés au Nigéria, la Suprême Eiye Confraternity, les réseaux pornographiques exploitant les femmes, un médecin aux pratiques douteuses. Difficile de relier tous ces éléments, les pistes partent dans tous les sens mais Louise et Violaine ne comptent pas leurs heures. A force de patience, de travail acharné, d’investigations poussées et de déductions fines, des portes finissent par s’ouvrir, laissant apparaître le fil conducteur qui les mènera vers la terrible vérité.

L’enquête minutieuse est passionnante à suivre grâce aux fabuleux personnages occupant le devant de la scène. L’auteure parvient à capter leur essence et à s’immiscer dans leur chair. D’une incroyable profondeur et terriblement humains, ni tout noir, ni tout blanc mais nuancés dans leur grandeur d’âme ou dans leur petitesse. Certains suscitent immédiatement l’empathie, d’autres le rejet. Ils apportent une richesse particulière à l’intrigue. J’ai été bluffée par la construction en puzzle qui alterne les différentes histoires et voix, elle est maîtrisée à la perfection et imprime un excellent tempo. Tout est d’une fluidité extrême avec un impressionnant souci du détail. Les retournements de situation nous surprennent et nous déstabilisent. Beaucoup de noirceur mais jamais de violence gratuite, ni de débordement excessif, rien de trash, aucune surenchère, non, tout est suggéré avec beaucoup de subtilité, ce qui renforce l’horreur des situations.

Je me répète, oui je sais je vous l’ai dit en haut de chronique, la plume de l’auteure me séduit de plus en plus au fil des romans.

Céline Denjean a réussi un nouveau tour de force, nous surprendre et nous questionner, gratter où ça fait mal avec un polar captivant et bouleversant d’humanité qui allie à merveille divertissement et réflexion sur notre société !

Je remercie chaleureusement les éditions Marabout pour leur confiance.

Quatrième de couverture

«  À bout de souffle, elle file au plus vite, soutenant son ventre protubérant. Elle trébuche, chute, se relève en criant de douleur et de rage, mais reprend sa course folle. Parce qu’elle veut sauver sa peau.  »
En plein mois de décembre, une terrible tempête se déchaîne sur les Pyrénées. Sous la pluie battante, une jeune femme enceinte qui court à perdre haleine est percutée par une camionnette. Avant de mourir, elle murmure quelques mots en anglais  : «  Save the others.  »
Qui est cette femme sans identité  ? Que cherchait-elle à fuir  ? Que signifie la marque étrange sur son épaule  ? Et qui sont ces  autres qu’il faudrait sauver  ?
Les gendarmes Louise Caumont et Violaine Menou se lancent alors dans une enquête hors-norme. Au fil de leurs investigations se dessine la piste d’un trafic extrêmement organisé. Dès lors, les enquêtrices comprennent que l’horloge tourne pour d’autres femmes, sans doute prisonnières quelque part, et dont la vie ne tient plus qu’à un fil.

Editeur : Marabooks, 368 pages, date sortie : 2 mars 2022

9 commentaires sur « Matrices – Céline Denjean »

  1. Je suis en train de lire « Le Cheptel », et il est vrai que l’on est très vite capté/captivé par l’histoire. L’auteure tisse ses nombreux fils a priori indépendants les uns des autres et puis l’on sent bien qu’ils vont tresser qq chose de bien serré ! Le style est fluide, sans esbrouffe, les personnages sonnent vrais … Je ne connaissais pas Céline Denjean, mais ce roman me donne envie de lire d’autres titres !

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    1. Ah oui, je te conseille vivement de la découvrir. Mais tu verras, elle a fait un saut quantique qualitatif entre son premier et son deuxième roman La fille de kali. Et elle a crevé le plafond avec Le cheptel qui a reçu plusieurs prix. Belle découverte !

      Aimé par 1 personne

  2. J’ai été happée par cette histoire habilement construite et qui aborde des sujets ultra sensibles. L’auteure est très documentée sur les problématiques qu’elle aborde. Ce livre restera vivace dansa mémoire.

    Aimé par 1 personne

    1. Nous sommes bien d’accord ! Céline Denjean est unique dans sa façon d’aborder des thématiques sociétales dont on parle peu, son oeil acéré, l’énorme travail de documentation pour être crédible, ses personnages… N’hésite pas à découvrir ses autres romans si tu ne les as pas encore lu 😉

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