
C’est pour des découvertes comme celle-ci que je suis une « serial lectrice » depuis plus de quarante ans. Parmi les ombres de Goya est une sacrée belle surprise !
Tout commence par des dindes massacrées et disposées selon un étrange rituel, un chien noyé dans une mare de boue, une jeune étudiante en arts retrouvée assassinée sur les rives du Manzanares… Face à ces crimes étranges, aussi macabres qu’inquiétants, la commissaire María Ruiz, suspendue de ses fonctions, ne peut s’empêcher de mener son enquête.
María est un personnage qui ne manque pas de relief. Fragilisée par sa mise à l’écart et privée de ses moyens habituels d’investigation, elle doit avancer en marge de sa propre institution. Déterminée, indépendante, elle mène ses recherches en solitaire, au risque d’y laisser sa vie. Très vite, les liens avec l’œuvre de Goya se dessinent, donnant à l’enquête une dimension singulière.
La construction du roman est admirable. Berna González Harbour maîtrise son intrigue avec une grande précision, distillant les indices et les révélations tout en maintenant une tension constante. La noirceur est omniprésente, parfois éprouvante, et l’on avance dans ce récit complexe avec le sentiment que chaque élément a sa place et que rien n’est laissé au hasard.
Cette maîtrise se retrouve jusque dans l’écriture. La plume oscille entre une écriture directe, incisive, parfois presque brutale, et des passages plus contemplatifs, visuels. Mais ces deux tonalités ne font pas que se succéder, non, elles se mêlent au sein d’un même mouvement, ce qui donne au récit une texture particulière. La tension de l’enquête est bien présente, tandis que l’écriture ouvre des espaces pour regarder, penser et ressentir. Une plume que la traduction restitue avec beaucoup de justesse.
Dans ce polar, l’art n’est pas un simple décor. L’œuvre du peintre espagnol imprègne le récit et nourrit une intrigue où la violence, la folie et les zones les plus sombres de l’âme humaine occupent une place centrale. Goya devient l’une des clés du roman et plonge le lecteur dans un univers aussi fascinant que dérangeant.
Autre grande force du livre : son équilibre. L’intrigue policière, les personnages et l’atmosphère s’entrelacent avec une grande justesse. L’enquête avance, les personnages gagnent en épaisseur et la ville impose peu à peu sa présence, sombre et inquiétante. Aucun de ces éléments ne prend le dessus : chacun nourrit les autres, et c’est ce qui permet à l’autrice de nous tenir en haleine tout en nous offrant bien davantage qu’une simple enquête criminelle.
Le roman nous entraîne aussi dans un Madrid très éloigné des images de carte postale. Berna González Harbour nous dévoile les zones d’ombre, les quartiers marginaux et les fractures sociales. Cette ville, traversée par les inégalités et les rapports de pouvoir, participe pleinement à l’atmosphère du roman et lui donne une résonance profondément humaine et sociale.
J’ai beaucoup aimé le côté brut et rugueux. L’autrice ne cherche pas à lisser les aspérités ni à faciliter la lecture à tout prix. Son récit ose, dérange, bouscule parfois, et ne livre pas toutes ses clés sur un plateau. Il fait confiance à l’intelligence du lecteur et lui laisse le soin de faire ses propres liens.
Publié en Espagne en 2019 sous le titre El sueño de la razón, ce roman a reçu le prix Dashiell Hammett en 2020. Grâce aux éditions ONLIT, Berna González Harbour est enfin traduite en français, une première pour l’autrice, dans une traduction de Christine Defoin.
Berna González Harbour signe un roman noir puissant, intense et érudit, qui bouscule autant qu’il fascine et rappelle combien le polar peut être un formidable terrain d’exploration de l’âme humaine et des dérives de nos sociétés. Un roman qui a du caractère, et que je vous recommande plus que chaudement.
J’espère vraiment que nous aurons la chance de retrouver prochainement María Ruiz dans de nouvelles enquêtes.
Je remercie chaleureusement les éditions ONLIT pour leur confiance.
Quatrième de couverture
Goya les avait peints il y a deux siècles : des monstres nés du sommeil de la raison. Aujourd’hui, ils hantent encore les rues de Madrid. Face à une vague de violence inquiétante, María Ruiz devra plonger dans les ténèbres d’une société au bord de la rupture.
Des gravures de Goya aux crimes d’aujourd’hui, les monstres n’ont jamais disparu. Comme dans ses peintures noires, la folie collective, la peur et la violence contaminent peu à peu le réel.
La presse espagnole unanime :
« Un roman noir d’une rare intensité, où l’ombre de Goya plane sur chaque page. »
« Une intrigue magistralement construite, entre tension policière et vertige artistique. »
« Berna González Harbour entraîne le lecteur dans un Madrid sombre, vibrant, inquiétant. »
Editeur : ONLIT, 492 pages, date de sortie : 14 octobre 2026
merci , reste que pour le trouver en Ebook chez le bon peuple de France , il va falloir se lever tôt …..
plus qu’à attendre environ 300 ans , je me demande dans quel état je serais
allez espérer y ver
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Le roman de Berna Gonzalez Harbour sera disponible en ebook très prochainement. Nous sommes en train de finaliser le fichier numérique qui sera mis en ligne dés que possible sur notre site https://emotions-comptoir.com/collections/policier. Merci à vous pour votre intérêt. J’espère que ce roman vous plaira. Patrick Delperdange pour OnlitNoir.
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