
Un ouragan littéraire et viscéral au cœur de Porto Rico
Purée, je viens de découvrir Gabino Iglesias !
Une lecture viscérale dont on ne sort pas indemne. Et c’est pour faire ce genre de découverte que je suis serial lectrice. Je n’avais encore jamais lu cet auteur et La Maison des os et de la pluie m’a complètement embarquée.
Une tragédie fraternelle hantée
Cinq amis d’enfance, Gabe, Bimbo, Xavier, Tavo et Paul, soudés comme les doigts d’une main, vont se lancer dans une histoire de vengeance après le meurtre de la mère de Bimbo. Une vengeance qui va les entraîner beaucoup plus loin qu’ils ne l’imaginaient.
⚠️ Âmes sensibles, attention ! Certaines scènes violentes peuvent être particulièrement difficiles à lire.
La Maison des os et de la pluie est un roman de sang et de larmes.
De violence et de beauté.
Un récit qui déborde de partout.
L’histoire se déroule à Porto Rico, et l’île est bien plus qu’un décor. Alors que les cinq amis remontent la piste des responsables du meurtre de Maria, l’ouragan Maria s’apprête à frapper l’île.
Quand il arrive, le roman explose.
Maisons ravagées, rues plongées dans le noir, coupures d’électricité, pauvreté, chaos… Tandis que l’île se retrouve dévastée, la violence des hommes, elle aussi, se déchaîne. Et c’est au cœur de cet ouragan que le roman bascule dans une autre dimension.
Ce qui m’a troublée, c’est ce mélange des genres. Roman noir, roman social, récit de vengeance, horreur, mysticisme… et, au milieu de tout cela, une poésie qui surgit là où je ne l’attendais pas. Tout cohabite sans se neutraliser. Rien ne semble vraiment à sa place, et pourtant tout fonctionne.
J’ai ressenti une résonnance viscérale avec Notre part de nuit de Mariana Enríquez, un incroyable ovni littéraire qui fut pour moi un immense coup de cœur. Iglesias est beaucoup moins « ovni » ! Mais j’ai retrouvé cette même sensation troublante, cette impression que le réel peut basculer à tout moment et que quelque chose d’indicible rôde dans l’ombre.
Ce n’est pas un hasard si Mariana Enríquez a elle-même posé une recommandation enthousiaste sur la couverture : « L’un des romans contemporains les plus intenses, effrayants et magnifiquement dévastés qu’il m’ait été donné de lire. » Elle reconnaît chez Iglesias cette même capacité à brouiller les frontières entre le réel et l’indicible – cette façon de faire naître l’horreur là où on ne l’attendait pas.
Il y a aussi quelque chose de furieusement cinématographique dans ce livre. Des personnages bigger than life, des scènes d’action azimutées, une violence parfois tellement démesurée qu’elle m’a fait penser au cinéma de Tarantino.
Mais Iglesias ne se contente jamais d’aligner les scènes choc.
Derrière le sang et la fureur, l’amour traverse tout.
La douleur, le deuil, l’amitié. Et cette loyauté absolue qui unit les cinq garçons depuis l’enfance. C’est elle qui les pousse à suivre Bimbo dans sa vengeance, quitte à franchir des limites qu’ils n’auraient peut-être jamais franchies seuls.
En lisant ses interview pour comprendre ce que l’auteur entendait par « barrio noir », terme qu’il a lui-même inventé pour parler de ses romans, j’ai soudain mesuré toute la profondeur de cette histoire. Un noir ancré dans un territoire, dans une réalité sociale, dans la violence, la pauvreté, les blessures et les croyances de Porto Rico.
Et tout à coup, le roman m’est apparu sous un autre éclairage.
« Toutes les histoires sont des histoires de fantômes. »
C’est ainsi que l’auteur ouvre son roman. Et il tient cette promesse jusqu’au bout. Les fantômes ne sont pas seulement surnaturels. Ce sont les morts, bien sûr. Mais aussi les souvenirs, les deuils, les blessures. Tout ce que les vivants continuent de porter en eux sans parvenir à s’en défaire.
Malgré le sang, l’horreur et la noirceur, ce qui crève les pages, c’est la beauté déchirante de cette histoire de fraternité.
La quatrième de couverture résume d’ailleurs parfaitement mon ressenti : « La Maison des os et de la pluie est un thriller exceptionnel, mais il est beaucoup plus que cela. »
Gabino Iglesias rejoint désormais ma liste d’auteurs à suivre les yeux fermés.
Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine pour leur confiance.
Quatrième de couverture
Toutes les histoires sont des histoires de fantômes.
Puerto Rico, l’île de l’enchantement. Ses plages paradisiaques, les ruelles colorées de San Juan, le son du merengue. Et l’envers du décor : Barrio Obrero, l’un des quartiers les plus peuplés de l’archipel, où la violence et la pauvreté s’invitent au quotidien. C’est là que Gabe, dix ans, assiste impuissant à la mort de son père. Sa souffrance, il la partage avec quatre camarades de classe : Xavier, Tavo, Paul et Bimbo. Chacun d’eux a connu des épreuves. Chacun sait qu’il peut compter sur les autres. Rapidement, les cinq amis deviennent inséparables.
Quelques années plus tard, la mère de Bimbo est tuée devant la boîte de nuit où elle travaillait. Ivre de douleur, Bimbo n’a qu’une idée en tête : la venger. Quitte à embarquer avec lui ses amis d’enfance, malgré leurs réticences. Entre eux, c’est à la vie à la mort, après tout. Sauf que le meurtrier travaille pour le narcotrafiquant le plus sanguinaire de l’île. Et qu’un ouragan d’une violence inédite menace Puerto Rico. Pour les cinq amis, la vengeance ne promet plus seulement d’être sanglante, mais cataclysmique…
Avec ses personnages bigger than life , son univers unique où le danger est partout, ses scènes d’action azimutées, La Maison des os et de la pluie est un thriller exceptionnel. Mais il est beaucoup plus que cela. C’est un livre d’une beauté déchirante, habité par les fantômes, la force de l’amour et une loyauté absolue qui se retourne irrémédiablement contre les individus jusqu’à les perdre. Les précédents romans de Gabino Iglesias prenaient le lecteur à la gorge et aux tripes. Cette fois, il nous touche en plein cœur.
» L’un des romans contemporains les plus intenses, effrayants et magnifiquement dévastés qu’il m’ait été donné de lire. » Mariana Enríquez
» Le Edgar Allan Poe latino ! » François Busnel
Editeur : Sonatine, 397 pages, 2 septembre 2026