L’autre moi – Franck Thilliez

Franck Thilliez fait partie des auteurs que je suis depuis ses tout premiers romans et après toutes ces années, chaque nouvelle sortie du maestro reste un petit événement pour moi. J’avoue d’ailleurs avoir une préférence pour la série Sharko-Hennebelle, dont je ne me lasse pas.

Mais être une lectrice fidèle ne veut pas dire perdre tout recul critique. J’avais énormément aimé les deux premiers volets de la trilogie Caleb Traskman, Le Manuscrit inachevé et Il était deux fois, et j’ai été beaucoup plus mitigée face à Labyrinthes. Une déception que j’avais d’ailleurs totalement assumée dans ma chronique.

C’est donc avec curiosité, excitation, et forcément beaucoup d’attentes, que je me suis plongée dans L’autre moi.

Dès les premières pages, on reconnaît la patte de Franck Thilliez et on est complètement embarqué. L’auteur est aux commandes d’un thriller redoutablement efficace, maîtrisé de bout en bout, à l’ambiance aussi oppressante qu’intrigante. L’immersion est totale.

D’un côté, nous découvrons Longepin, un mystérieux site militaire perdu au cœur de la forêt de la Grande Chartreuse. C’est là que Sibylle s’installe avec son compagnon Erwann, docteur en neurosciences. Traumatisée par un terrible accident ayant bouleversé sa vie et son identité, la jeune femme souffre d’amnésie et de cauchemars particulièrement troublants. Entre rêves lucides, pertes de mémoire et règles étranges imposées sur le site, le doute s’installe rapidement : Sibylle sombre-t-elle dans la paranoïa… ou quelque chose cloche-t-il réellement à Longepin ?

En parallèle, deux lieutenants de la police criminelle de Grenoble enquêtent sur la découverte du corps atrocement mutilé d’une jeune inconnue. Deux récits qui avancent séparément avant de se répondre peu à peu dans une mécanique particulièrement bien huilée.

Franck Thilliez maîtrise toujours aussi brillamment l’art de manipuler ses lecteurs. Faux-semblants, confusion mentale, narration labyrinthique, révélations savamment distillées… difficile de lâcher ce roman tant l’auteur joue avec nos certitudes. La tension est omniprésente et certaines scènes installent un vrai malaise.

Mais voilà.

J’ai aussi eu la sensation de retrouver des thématiques que Franck Thilliez explore depuis longtemps : la mémoire, les faux souvenirs, l’identité fracturée, les troubles du cerveau, la frontière poreuse entre rêve et réalité… Des obsessions qui font partie intégrante de son univers, mais j’avoue qu’à force, je commence à saturer. Et cette saturation a clairement joué sur ma façon de recevoir le roman.

Car si la tension est bien présente et la mécanique narrative parfaitement huilée, il m’a manqué l’essentiel : ma dose émotionnelle. C’est probablement ce qui explique pourquoi je n’ai pas été aussi transcendée que je l’espérais. J’ai admiré la construction du roman plus que je ne l’ai réellement ressenti émotionnellement. J’ai eu par moments l’impression d’un jeu un peu trop maîtrisé. À force de nous perdre volontairement dans un labyrinthe mental, dans la confusion entre rêves, mémoire et réalité, j’ai eu le sentiment de contempler un exercice de style plus que de vivre une histoire. Et surtout, je ne me suis pas attachée aux personnages, ce qui, pour moi, change tout.

Concernant le final… impossible d’en dire trop sans spoiler. Franck Thilliez frappe fort. Mais personnellement, j’ai trouvé qu’il poussait le curseur un peu trop loin dans les ultimes révélations. Bon, après tout c’est de la fiction.

En résumé

Un thriller solide, ambitieux et terriblement efficace, et un auteur qui maîtrise son sujet avec une précision impressionnante. Simplement, cette fois, je crois que j’attendais davantage qu’une démonstration de virtuosité : j’attendais aussi d’être surprise et émotionnellement secouée.

Je remercie chaleureusement les éditions Fleuve pour leur confiance.


Quatrième de couverture

Ici, le cauchemar commence.

Longepin. Un endroit niché au cœur de la forêt de la Grande Chartreuse. Un site sur lequel militaires et civils travaillent à des projets classés secret-défense. Un cadre de vie d’exception, mais ultra-surveillé et régi par des règles étranges.
Sibylle vient d’arriver avec son compagnon, Erwann. Docteur en neurosciences, celui-ci a vu la possibilité d’intégrer cette communauté comme la chance de sa carrière. Comme un espoir, aussi, que là-bas des confrères parviennent à aider celle qu’il aime.
Car Sibylle, depuis l’accident qui a coûté la vie à son enfant et lui a valu une douloureuse reconstruction du visage, n’est plus la même. Elle souffre d’une amnésie post-traumatique et est sujette à des cauchemars aussi intenses que troublants, au point de ne plus toujours savoir distinguer le rêve de la réalité…

Editeur : Fleuve, 456 pages, date de sortie : 28 avril 2026

2 commentaires sur « L’autre moi – Franck Thilliez »

  1. J’ai eu le même sentiment moi aussi .

    cette impression qu’il se repête après faut avouer que la communication autour du livre est très bonne ..

    j’aime bien franck thilliez,mais il n’est plus mon « boss  » depuis quelques romans ..

    par contre le dernier Bussi m’a bcp plus embarqué ..le livre ne va pas chercher la même chose que » l’autre moi » .mais il est carrement addictif ..emouvant..mysterieux..et surprenant😁😁

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  2. Trop de chroniques tuent la chronique. Longepin commence à me sortir par les yeux, ça attendra donc la sortie en format poche. Merci à toi pour ton honnêteté, comme d’habitude et le partage 🙏 😘

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