
Plonger dans l’horreur sans perdre l’humain
J’ai découvert Charlotte Letourneur en 2023 avec son premier thriller Insignis , chaudement recommandé par Maxime Chattam. Une très belle surprise. Autant dire que j’ai ouvert Dans leurs yeux avec une vraie excitation… et les premières pages m’ont immédiatement scotché.
Dans la neige nancéienne, une scène de crime macabre. La brigade du capitaine Charon découvre le corps calciné d’une jeune femme. Ses deux yeux intacts soigneusement déposés sur sa dépouille. Le ton est donné : on ne sera pas ici dans un polar confortable.
Le thriller mettant en scène un tueur sadique est un terrain casse-gueule, usé jusqu’à la corde. Surenchère gore, invraisemblances, sensation de déjà-vu… rares sont les auteurs qui parviennent encore à surprendre. Il faut un sacré culot pour venir encore jouer dans cette cour. Charlotte Letourneur parvient à s’imposer par une immersion viscérale et une tension émotionnelle constante. Elle installe un vrai malaise en nous plongeant au plus près de la folie du meurtrier. Les chapitres à la première personne sont glaçants, dérangeants, presque hypnotiques. Le lecteur oscille entre curiosité morbide, fascination et répulsion en pénétrant l’esprit du tueur.
Face à cette noirceur, l’autrice oppose la chaleur fragile des liens humains.
L’amitié, l’amour, les failles viennent fissurer l’horreur brute. La brigade Charon est soudée comme les membres d’une famille. Et la relation fragile entre le capitaine Charon et la légiste Sasha Drouot, une ancienne amante, ravive les braises du passé.
La construction du récit mérite également d’être soulignée. Charlotte Letourneur orchestre une valse de points de vue : celui des enquêteurs, ancré dans le réel et l’enquête, celui de Sasha Drouot, la légiste brillante et blessée, et celui, glaçant, du tueur lui-même. Cette alternance maintient le lecteur en permanence sous tension. Sous la violence et le suspense, le roman est traversé d’une vraie charge émotionnelle. On s’attache, on souffre avec les personnages, on ressent.
La plume de Charlotte Letourneur y est pour beaucoup. Précise, nerveuse, elle sait alterner les rythmes : phrases courtes qui claquent dans les scènes de tension, prose plus ample quand il s’agit d’habiter les personnages. Pas d’esbroufe stylistique, mais une efficacité redoutable au service de l’histoire.
L’immersion est réelle, le suspense fonctionne, les rebondissements maintiennent la tension. Mise en garde : certaines scènes, décrites avec un réalisme troublant, heurteront les âmes sensibles.
J’émets une seule réserve : quelques longueurs viennent parfois diluer l’impact. Le récit aurait gagné à être resserré pour transformer cette très bonne lecture en véritable coup de cœur.
Au-delà de l’enquête, l’autrice interroge la naissance du monstre et les cicatrices de l’enfance. Et que reste-t-il de nous lorsqu’on ose le regarder dans les yeux ?
Frissons garantis.
Coup de cœur manqué de peu.
Sur un terrain miné et mille fois arpenté, Charlotte Letourneur parvient encore à faire naître le malaise et l’émotion. Une chose est sûre : son polar intense et dérangeant confirme qu’il faudra désormais compter sur elle dans le paysage du noir français.
Je remercie chaleureusement les éditions Fleuve pour leur confiance.
Quatrième de couverture
Dans la neige nancéienne, le corps de Caroline Meslet gît, calciné. Seuls ses yeux, soigneusement posés sur la dépouille, semblent avoir échappé aux flammes. Cette macabre découverte n’est que le premier acte d’une série de meurtres. Cruels, méthodiques, insoutenables.
Le capitaine Jébédiah Charon s’enfonce alors dans l’enfer de cette enquête, épaulé par son équipe et par Sasha Drouot, brillante médecin légiste… et ancien amour éconduit. Très vite, les souvenirs s’installent entre eux, ravivant les braises du passé pour enflammer le présent.
Editeur : Fleuve, 496 pages, date de sortie : 5 mars 2026
J’ai commandé son premier livre pour me faire une idée.
Merci à toi ma Nadia pour la chronique presque coup de cœur 🙏 😘.
Y’a l’autre tarée qui va me sauter à la gorge 😁
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En effet, le tueur en série, c’est vraiment un terrain casse-gueule, usé jusqu’à la corde et il faut le talent d’un auteur (trice) pour ne pas se prendre les pieds dans le tapis. Je ne l’ajouterai pas pour la bonne et simple raison que je l’ai déjà ajouté, suite à la chronique d’une autre copinaute, dont j’ai oublié le nom (pas de dénonciation, ainsi 😆 ).
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