Douze balles pour Marie-Thérèse – Paul Beaupère


Un virage sans filet pour Paul Beaupère, jusque là auteur de nombreuses séries jeunesse, qui signe ici un thriller adulte, noir et sans concession. Et un coup de maître.

Il faut que je vous dise : polar et humour font rarement bon ménage à mes yeux. Soit c’est trop gentil, trop gnangnan, soit l’ironie sert de vernis à une intrigue faiblarde et la fausse tendresse ne m’embarque jamais vraiment. Autant dire que je partais avec quelques réserves.

Douze balles pour Marie-Thérèse les a balayées en un claquement de doigt.

Je ne vous dirai rien de l’histoire, la 4ème de couverture est déjà bien bavarde.

Une tueuse pas comme les autres

Marie-Thérèse est un sacré personnage, comme on en croise peu. Une vieille dame veuve qui vit isolée dans un chalet au cœur de la forêt des Vosges. Passionnée de Scrabble, de chasse, organiste à l’église, amatrice de Bach, clope au bec et prune à portée de main… Elle s’apprête à devenir le bras armé d’un commissaire aux méthodes limites, obsédé par la justice défaillante. Le contraste pourrait être gadget. Il ne l’est jamais. Parce que Paul Beaupère tient son personnage de bout en bout, sans le rendre aimable à tout prix, sans l’excuser.

Du plaisir à l’état pur

Le roman avance sur un fil tendu entre thriller et satire sociale mordante. L’humour est noir, grinçant, parfois corrosif, mais jamais pesant. Il porte le récit et autorise un plaisir de lecture pleinement assumé. On adhère sans résistance à cette forme de justice fantasmée qui piétine allègrement la morale.

Une mécanique implacable

Autre excellente idée : le choix d’alterner deux enquêtes. Tandis que Marie-Thérèse évolue dans la solitude glacée de la forêt vosgienne, l’intrigue se déplace aussi à Versailles, théâtre de crimes aussi déroutants que glaçants visant des cyclistes. Le contraste fonctionne à merveille. D’un côté, le silence, la neige et la croisade de Marie-Thérèse. De l’autre, une violence plus urbaine, absurde, presque clinique.

La construction en très courts chapitres imprime un rythme redoutable. La lecture devient vite addictive, le suspense ne faiblit pas un instant, la tension monte progressivement, et l’étau se resserre autour de Marie-Thérèse sans jamais relâcher la pression. L’auteur maîtrise parfaitement sa mécanique narrative et sait exactement quand appuyer là où ça fait mal.

Une mention spéciale pour la plume et les dialogues : ciselés, efficaces, toujours justes. Ils participent pleinement à cette jubilation de lecture.

Douze balles pour Marie-Thérèse n’est pas un thriller « amusant ». C’est un thriller qui utilise l’humour pour interroger la justice, la morale et nos propres contradictions, sans jamais oublier le plaisir de lecture.

Un thriller jubilatoire, grinçant et délicieusement immoral. Autant dire que j’attends vivement la suite des aventures de Marie-Thérèse.

Et que j’ai déjà acheté mon gilet pare-balles.

Je remercie chaleureusement les éditions City pour leur confiance.


Quatrième de couverture

Honorable veuve, Marie-Thérèse mène une vie en apparence irréprochable. Elle joue de l’orgue à la messe du dimanche, écoute de la musique baroque et adore le Scrabble. Ce qui ne l’empêche pas de jurer comme un charretier, de fumer comme un pompier et d’apprécier une bonne partie de chasse. Lors d’une sortie en forêt, elle est témoin d’un viol. Elle abat l’agresseur d’une balle en pleine tête avant de rentrer discrètement chez elle. Mais le commissaire Berg, qui est chargé de l’enquête, retrouve sa trace. Il lui propose alors un marché : si elle élimine douze salopards qu’il n’a pas réussi à faire condamner, il ne la dénoncera pas. Un mort par mois, pendant un an. Marie-Thérèse est contrainte de s’engager dans un périple sanglant. Mais Mamie a plus d’un tour dans son sac et rien ne va se passer comme prévu…

Editeur : City, 365 pages, date de sortie : 28 janvier 2026

35 commentaires sur « Douze balles pour Marie-Thérèse – Paul Beaupère »

  1. La quatrième de couverture et la critique me rendent impatient de faire la connaissance de Marie-Thérèse.
    Ce bouquin va rapidement se retrouver sur le dessus de la PAL.
    Merci.

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  2. Oh oui, tout ceci donne l’envie furieuse de le lire, ce roman ! Un peu d’humour est très bienvenu, forcément, en ce moment précis… Mille mercis pour votre chronique, bien amusante à lire, aussi 🙂

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      1. impossible de me laisser embarquer mais vu que je suis toujours malade je pense que ça n’aide pas !! Je ne me suis pas attachée aux personnages et en même temps j’ai envie de continuer l’histoire 🤔

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  3. On dirait le dialogue dans « la grande vadrouille », quand De Funès et Bourvil ont été arrêtés, déguisés en soldats allemands et que le major Achbach :
    — Douze balles pour vous, douze balles pour vous, vingt-quatre balles, quel gâchis pour des hommes comme vous. Qui vous a donné ces chiens ? Qui vous a procuré ces uniformes ? Qui sont vos complices ? Assez tremblé ! 😆

    Je note cette Marie-Thérèse, qui m’a l’air d’être un sacré personnage 😉

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  4. Voilà, j’ai lu Marie-Thérèse… J’ai apprécié ma lecture, au départ, mais ensuite, c’est devenu trop lourd, surtout avec l’ajout d’un second tueur. Les flics avaient des dialogues à la mord-moi-le-zob et à la fin, c’était comme si l’auteur avait sucré le sucre. Trop, c’est trop 😉

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