La colère d’Izanagi – Cyril Carrère

Je suis Cyril Carrère depuis ses débuts et c’est toujours avec beaucoup de plaisir que je me plonge dans ses récits. Son cinquième roman vient confirmer son grand talent de conteur. L’auteur était déjà monté en puissance avec son précédent opus Avant de sombrer. Cette fois, il hisse la barre beaucoup plus haut et crée une véritable surprise en nous plongeant dans une intrigue fort originale au pays du Soleil levant.

Le premier chapitre est d’une force incroyable, à couper le souffle. Un énorme incendie ravage tout un quartier d’affaires, la Velvet Tower s’embrase et des dizaines d’employés pris au piège se jettent dans le vide pour échapper aux flammes. Véritable scène d’horreur !

Hayato Ishida est chargé de l’enquête. Hayato, un jeune flic très spécial, un haut potentiel, un associal au look gothique. Il nourrit une obsession pour la nourriture, véritable estomac ambulant. Dépourvu des codes sociaux, il est incapable de s’intégrer dans une équipe et de s’ouvrir aux autres, à tel point qu’on a créé une nouvelle section d’investigation juste pour lui. L’affaire de l’incendie est tellement gigantesque qu’il se retrouve obligé de collaborer avec une autre jeune flic. Noémie Legrand, une franco-japonaise, maman célibataire et flanquée d’une mère qui veut la marier à tout prix. Un sacré caractère au franc parler, passionnée par son boulot et pleine d’empathie envers les victimes. Bref, tout l’opposé de Hayato. Après des débuts difficiles, ils finissent par devenir très complémentaires en unissant leurs talents, jusqu’à soulever des montagnes ensemble. Un duo de choc qui fait merveille !

Un autre duo au centre de l’histoire. Kenta et Susuka, un couple d’étudiants de l’université des arts de Tokyo, ils viennent de perdre leur boulot suite à l’incendie. Ensemble ils forment le yin et le yang. Elle est solaire, extravertie. Lui est dépressif, replié sur lui même, il vit enfermé dans son minuscule appartement, devant ses écrans, anxieux à l’idée de nouer un contact humain. Il va tomber dans les griffes d’une étrange organisation nichée au coeur du darknet « La bergerie ».

Deux histoires et deux enquêtes qui vont finir par se rejoindre. Des personnages bien travaillés dans les nuances. Deux duos fort attachants qui nous entraînent dans un tourbillon de folie. Le mythe d’Izanagi en filigrane comme un fil conducteur dans cette enquête aux multiples ramifications. L’auteur nous balade grâce à une construction minutieuse, il nous manipule et pas qu’un peu. Une course contre la montre où les rebondissements nous tiennent en haleine, les twists créent la surprise et nous retournent le cerveau.

Cyril Carrère a su capter l’essence de ce Japon mystérieux et inconnu (faites lui confiance, il sait de quoi il parle, il y vit depuis 6 ans). Il nous offre son vécu de l’intérieur, nous immerge dans cette culture, pour la démystifier à nos yeux d’occidentaux. Loin des clichés touristiques carte postale, l’auteur dépeint la face cachée, la réalité du quotidien dans cette société si complexe : la place des femmes, le machisme et le sexisme ambiant, le harcèlement professionnel, le poids de la famille, l’isolement social, les contrastes entre les valeurs, les traditions ancestrales avec les mythes et croyances et la grande modernité avec l’invasion des nouvelles technologies… Aussi fascinant qu’effrayant !

Cyril Carrère excelle dans ce roman d’une grande maîtrise. Sa plume, toujours très visuelle, ne cesse d’évoluer et de s’affirmer pour aller à l’essentiel. L’équilibre est parfait entre enquête, tension, adrénaline, frissons et émotions, attachement aux personnages, réflexion profonde, dépaysement et immersion dans la culture japonaise.

Le final absolument dingue -l’un des plus inattendus que j’ai lu- vient nous cueillir au point de nous donner envie de relire toute l’histoire.

A certains moments, durant ma lecture, j’ai pensé à l’excellente série chinoise de Peter May avec le duo Li Yan et Margaret Campbell, je me suis dit que ce serait fort sympathique de retrouver Hayato et Noémie, ce duo si talentueux qui fait des étincelles.

Je remercie chaleureusement les éditions Denoël pour leur confiance.

Quatrième de couverture

Tokyo. Un incendie criminel ravage le coeur de l’un des plus grands quartiers d’affaires au monde. L’enquête est confiée à Hayato Ishida, flic prodige mais solitaire qui tente de se reconstruire en marge de la Crim. Il est rejoint par Noémie Legrand, Franco-Japonaise décidée à briser les chaînes d’un quotidien frustrant. Sur leur chemin, un couple d’étudiants dans le besoin, à la merci d’une communauté où solidarité rime avec danger. Et, tapi dans l’ombre, celui qui se fait appeler Izanagi, bien décidé à mettre son plan destructeur à exécution. Avec un art consommé du suspense et une construction d’orfèvre, Cyril Carrère tisse une intrigue captivante dans un Japon sombre et contemporain.

Editeur : Denoël, 320 pages, date de sortie : 21 février 2024

24 commentaires sur « La colère d’Izanagi – Cyril Carrère »

  1. Bon, ça sent directement —–> ma whislist. Je vais encore être obligée de négocier avec elle. Merci à toi pour la chronique 🙏 😘. Des bisitous ma Nadia 😘 🥰

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      1. C’est noté ! ms je ne devrais pas te lire … vu ma PAL ! Ceci dit, j’ai une certaine attirance pour le Japon, et les polars s’y déroulant ne st pas légion. Alors, je sens que je vais succomber … !

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  2. J’ai beaucoup apprécié ce bouquin qui sort de l’ordinaire 👍👍👍mais….je ne suis pas fière de moi lorsqu’au final je constate que je n’ai rien vu venir… L’auteur m’a bien baladée 😂

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  3. J’ai beaucoup apprécié ce bouquin qui sort de l’ordinaire 👍👍👍mais….je ne suis pas fière de moi lorsqu’au final je constate que je n’ai rien vu venir… L’auteur m’a bien baladée 😂

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