Les enfants du serpent – Clarence Pitz

En 2018, son premier roman La parole du chacal a été une très belle découverte, j’ai même frôlé le coup de coeur pour ce voyage cauchemardesque. Cinq ans plus tard, le doute n’est plus permis, Clarence Pitz a fait un saut quantique ! Elle a ouvert tout grand les ailes de son talent pour prendre son envol vers la cour des grands auteurs du noir.

Je suis devant ma page blanche et je sens déjà que je ne trouverai pas les mots ou qu’ils seront fort maladroits pour vous parler de cette lecture « coup de poing ».

Les enfants du serpent est un polar qui sort des sentiers battus. Une histoire d’une force incroyable et d’une sensibilité exceptionnelle. L’auteure s’est inspirée de faits réels pour aborder une problématique très sensible dans la région du Kivu. Une intrigue sous haute tension et toute en émotions, extrêmement poignante, d’une noirceur qui colle à la peau. Quelques pages suffisent pour nous happer et nous immerger complètement dans cette intensité.

Un premier chapitre qui frappe très fort. 2012. République Démocratique du Congo, région du Kivu. Horreur et bestialité ! Un groupe armé surnommé « les arracheurs » commet les pires atrocités dans un village. Gloria et sa fille Phionah, seules survivantes, prennent la fuite.
Deuxième chapitre. 2017. Bruxelles, quartier du Matongé. En pleine rue, un homme d’origine africaine, défiguré et énucléé est retrouvé dans le caniveau. L’enquête est confiée à Karel. Son coéquipier Fred est persuadé qu’ils sont sur une affaire de gangs bruxellois, avec un règlement de comptes. Karel a des doutes, la double énucléation lui rappelle la violence dont il a été témoin en Afrique cinq ans plus tôt. Il va suivre son intuition pour mener ses recherches. Impossible de vous en dire plus sous peine de spoiler.

Un tour de force

Une double temporalité entre 2012 et 2017. Deux lieux, Bruxelles et la République Démocratique du Congo. Deux atmosphères fort différentes et magnifiquement travaillées de part et d’autre. Bruxelles, ambiance urbaine, entre grisaille et béton. On suit Karel, fort touchant, plus vulnérable que jamais et son coéquipier Fred. Leur enquête se transforme vite en une chasse à l’homme et une course contre la montre, l’urgence se fait sentir et chaque minute compte pour sauver des vies. L’Afrique, sauvage, suintante, mystérieuse où l’on s’accroche essentiellement à Gloria et Phionah luttant pour leur survie et leur reconstruction, en quête d’un futur.

Les différentes histoires s’entremêlent et se téléscopent avant de se rejoindre dans un final qui laisse K.O. debout. La construction est parfaitement maîtrisée, les chapitres courts alternant lieux et temporalités apportent rythme et dynamisme, les multiples ramifications et rebondissements nous tiennent constamment sous tension.

« Tout le monde est capable d’aimer. Même les pires ordures. »

Noirceur bouleversante

C’est impressionnant de justesse et de réalisme, un énorme travail de documentation se cache derrière. Puissant, intense et noir. Certaines scènes coupent le souffle mais nous sommes loin de la violence gratuite et de la surenchère inutile. Clarence Pitz fait preuve d’une grande sensibilité et de beaucoup d’humanité. Et si elle ne nous épargne pas certains détails, ceux-ci servent le récit en lui donnant force et réalisme.

Aussi excellente soit-elle, une intrigue n’est rien sans ses personnages qui la font vivre. Gloria et sa fille Phionah, Karel Jacobs, Fred, Zita, Jonas, Benjamin… et les enfants du serpent. Des personnages extraordinaires, attachants et d’une grande humanité, fouillés jusqu’au tréfonds de leur âme, à nu dans leur souffrance et leur fragilité. Nous sommes à leurs côtés, à trembler et à ressentir leur courage et leur grande force, leurs peurs et leurs angoisses. Les émotions se bousculent et nous déchirent, la gorge se serre, les tripes se nouent, la rage se mêle à la tristesse. A certains moments, la lumière se faufile en eux pour percer la coque de la noirceur et l’espoir renaît timidement.

Cette terrible histoire est portée par la belle plume de Clarence Pitz. Travaillée, elle a gagné en maturité et s’est affirmée. Le style est solide, les mots percutent et claquent fort.

Les enfants du serpent,
une lecture émouvante qui laisse des traces.

Au risque de me répéter, c’est pour lire de telles PEPITES que je suis serial lectrice.

Je remercie chaleureusement les éditions Phenix Noir pour leur confiance.

Quatrième de couverture

Tout le monde est capable d’aimer. Même les pires ordures.

2012. La brutalité des hommes s’abat sur le village de Bumia, à l’est de la République Démocratique du Congo. Un groupe armé surnommé « les arracheurs » y commet les pires atrocités. Parmi les victimes, Gloria et sa fille Phionah. Seules survivantes, elles parviennent à prendre la fuite, l’âme blessée et le corps ravagé… 2017. Au cœur de Bruxelles, dans le quartier populaire de Matongé, un homme défiguré et énucléé est retrouvé dans un caniveau. L’inspecteur Karel Jacobs reconnaît la signature des « arracheurs ». À l’approche du procès d’un des miliciens, il craint que les témoins du massacre de Bumia ne soient à nouveau en danger. Engagé dans une course contre la montre, il va devoir se plonger dans ses souvenirs pour sauver la vie des deux rescapées. Mais aussi de ses proches…

Pour son quatrième roman, Clarence Pitz, lauréate du Prix de l’auteur belge Club 2022, signe un récit poignant, à la fois dur et profondément humain.

Editeur : Phenix Noir, 478 pages, date sortie : 9 octobre 2023

10 commentaires sur « Les enfants du serpent – Clarence Pitz »

Répondre à wivine300 Annuler la réponse.

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