Dans l’ombre du brasier – Hervé Le Corre

Immense et époustouflant roman !

Paris durant les dix derniers jours de la Commune, du 18 au 28 mai 1871. C’est l’état de siège, la fin d’un rêve. La ville est à feu et à sang, les barricades se dressent dans chaque rue, les combats font rage, le peuple refuse d’abdiquer, les troupes versaillaises sont prêtes à détruire Paris plutôt que le laisser au peuple. Au beau milieu de ce chaos, un tueur en série kidnappe des jeunes filles, il se livre à un odieux trafic en les revendant à un photographe porno, à des proxénètes et des bordels. Une de ses dernières victimes est Caroline, une infirmière de la Commune, l’amoureuse du sergent Nicolas Bellec engagé auprès des Communards. Sous les obus, dans la furie des combats, le sort de ces jeunes filles n’intéresse pas vraiment les gardiens de la paix, sauf un… il s’agit d’Antoine Roques, un citoyen relieur promu commissaire par le peuple. Il se lance sur les traces de Caroline et s’engage dans une véritable course contre la montre. Mais réussira t il à la retrouver vivante ?

Quel sacré bouquin ! Un savant mélange de polar noir au coeur d’un roman historique, un roman populaire d’aventures avec une touche de romanesque. Un roman étonnamment moderne qui entre en résonance avec le contexte social actuel. L’histoire ne serait elle qu’un éternel recommencement ?

Une exceptionnelle plume oscillant entre élégance et modernité et qui nous immerge complètement dans cette ambiance d’apocalypse, au coeur de la  barbarie sanglante des combats.  La documentation et les descriptions sont d’une extraordinaire précision, sans jamais alourdir le récit. Nous sentons les odeurs de poussière, de poudre, de boue, de sueur, de sang, nous suffoquons dans les odeurs d’excréments. Nous ressentons la colère et la peur des hommes au combat, nos tripes se nouent face à la douleur des corps meurtris par les baïonnettes, nous vibrons face au courage de ces hommes qui luttent pour porter leurs idéaux d’un meilleur avenir.

Au milieu de ce chaos, il y a des héros, des hommes et des femmes d’une grande profondeur, ils brûlent d’espoir, ils rêvent, nouent des amitiés très fortes, s’entraident, partagent, trinquent, rigolent, tombent amoureux et s’aiment.

Une fresque fascinante entre utopie, tragédie, espérance, fraternité et humanité.
De la vraie, grande et belle littérature qui nous bouleverse entièrement.

J’ai adoré l’immense talent d’Hervé Le Corre !

Je remercie chaleureusement les éditions Rivages pour leur confiance.

4ème Couverture

A Paris, pendant les dix derniers Jours de la Commune. Dans les rues de la ville bombardée où se dressent des barricades, le mal rôde. Des jeunes femmes disparaissent, enlevées par un personnage aussi pervers que repoussant. Parmi elles, Caroline, la bien-aimée du sergent Nicolas Bellec qui combat dans les rangs des Communards. Antoine Roques, promu au rang de « commissaire » de police par la Commune, enquête sur l’affaire. Mû par le sens du devoir, il se lance à la recherche de la jeune femme, bravant les obus, les incendies, les exécutions sommaires… Et tandis que Paris brûle, Caroline, séquestrée, puis « oubliée » dans une cave parmi les immeubles effondrés, lutte pour sa survie. C’est une course contre la montre qui s’engage, alors que la Commune est en pleine agonie.

Editeur: Rivages, 491 pages, date sortie: 2 janvier 2019

Un commentaire sur « Dans l’ombre du brasier – Hervé Le Corre »

  1. Peut-être – je dis bien peut-être – que si les heureux lauréats du suffrage universel avaient consacré plus de temps à la lecture au lieu de penser à leur future réélection, auraient-ils pris conscience de ce malaise général qui gangrène la France. Se pencher sur les pages prémonitoires de Nicolas Mathieu (Aux animaux la guerre et Leurs Enfants après eux), Marion Brunet (L’Été circulaire), Séverine Chevalier (Les Mauvaises), de Cloé Mehdi (Rien ne se perd) ou encore Christian Roux (Que la guerre est jolie) leur aurait évité de découvrir la tempête des rond-points remplis de gilets jaunes. Des « Points de convergence: on tourne autour et on peut s’arrêter pour discuter. Un lieu où l’on recrée de la solidarité, de la fraternité » comme aime à le souligner Jean Rouaud, un expert en matière de kiosques.
    Fabuleux ronds-points devenus tribunes, modernes agora.

    Enfermés dans leurs assemblées, leurs statuts, engoncés dans leur suffisance, nombre d’élus ont perdu de vue ces fameux « territoires » dont ils se targuent d’arpenter les marchés, ce zoo « périphérique » à qui l’on jette, de temps à autre, quelques miettes de subventions, charité et assistanat étant mamelles du mandat reconduit. En cas d’urgence on recourt à des perfusions chirurgicales dopées aux promesses pour maintenir le malade en vie.

    Dans l’Ombre du brasier, c’est une autre histoire. C’est, enfin, l’Histoire convoquée à la barre pour témoigner. La chronique, en toile de fond du roman, des derniers jours de la Commune du 17 au 28 mai 1871. L’agonie des laissés pour compte, de ces gueux d’hier qui ressemblent furieusement à ceux d’aujourd’hui. C’est une belle, tragique et folle histoire de dignité bafouée. Le chant vengeur des oubliés, des travailleurs qui s’autorisent à penser qu’ils ont droit à leur part du festin, qui croient pouvoir « vaincre l’injustice, supprimer la misère, établir l’égalité entre tous », qu’ils ont droit à mieux puisqu’ils font tourner la boutique et crèvent alors que d’autres s’engraissent sur leur dos, qu’ils ont leur mot à dire dans la France post Badinguet puis de Thiers et Mac Mahon comme dans celle de Macron, Philippe et consorts.
    La Commune était le bel espoir d’une conquête de dignité enfin reconnue.

    Hervé Le Corre a ressenti le besoin de revenir sur son parcours de militant politique sans le renier pour autant. De pratiquer, en quelque sorte, une analyse thérapeutique que le roman autorise. « La Commune, c’est par excellence la geste mythologique de la gauche. Or c’est un échec ». (…) Marx montre « comment dès le début il y avait quelque chose de boiteux dans l’affaire. En somme il en pointe les imperfections et ces imperfections, justement, m’intéressent car le romancier doit être capable de penser contre lui-même… ». (*)

    Or donc, revenons au roman. Paris assiégé, Paris brûlé, Paris pas encore brisé, Paris martyrisé mais Paris en résistance… Sous la fureur meurtrière des canons pilonnant la capitale défendue par « des bataillons de fatigues encore debout », entre deux combats acharnés et sanglants pour tenir une barricade de fortune sous la mitraille ennemie, Nicolas Bellec se lance dans une course désespérée pour porter secours à sa belle, Caroline, enlevée par un monstre pervers et bestial. Prisonnière d’une cave ensevelie sous les décombres d’un immeuble, celle pour qui « le temps ne s’écoulait plus, prisonnière d’une durée infinie qui n’était plus qu’un éternel présent » est aussi activement recherchée par un « commissaire » communard épris de justice et un mystérieux cocher revenu des tréfonds d’un enfer personnel. Une folle course contre le temps qui s’égrène tandis que se profilent les exécutions sommaires ou l’ombre de la Veuve prête à couper court aux rêves d’un peuple en révolte contre le mépris et la morgue des puissants, l’arrogance du bourgeois.

    Hervé Le Corre entraîne son lecteur dans une fresque dantesque, éruptive, foisonnante, loin du cliché romantique de La Liberté guidant le peuple (1831) peint par Delacroix. A travers le sang et les larmes, au son du fracas des culasses, au milieu des corps éventrés, des viscères répandus à chaque coin de rues, dans les odeurs nauséabondes des excréments et de la vinasse, dans la crasse qui cache la misère des corps s’insinuent, immondes reptiles malfaisants, la peur et la haine. Et malgré tout cela, persiste encore, insaisissable feu follet, la lueur de l’amour, de l’amitié et des rêves à bâtir.

    « Il aimerait lever la tête et les mieux voir, ces anonymes semblables, mais le ciel bascule encore et une nausée lui secoue l’estomac puis il se sent tomber dans un trou comme si le pavé s’ouvrait soudain sur un gouffre sans fond ». Est-ce la fin pour Nicolas Bellec, sergent du 105 ͤ bataillon fédéré ? Pour Antoine Roques, relieur de son état, commissaire par devoir ? Clovis Landier a-t-il d’autres combats à mener que contre lui-même ?
    Adieu le Rouge, adieu Adrien, sachez qu’il y aura d’autres révoltes, d’autres espoirs de meilleurs lendemains. Et mort aux lignards, foi de communard !

    (*) Interview « Marianne » n° 1141 – Janvier 2019.

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