
Un beau supplément d’âme
Je suis une inconditionnelle du polar italien. Alors quand j’apprends que Le Nid du rouge-gorge est le premier roman de Lorenzo Sartori traduit en français, je n’hésite pas une seconde. Et je n’ai pas été déçue.
Dès les premières pages, le ton est donné : on n’est pas ici dans un page turner haletant. Lorenzo Sartori prend son temps. Il installe, il pose, il laisse respirer. Et c’est précisément ce qui fait la force de ce roman.
La montagne comme personnage
Alveno, petit village niché dans les montagnes du Trentin. Un endroit où les silences semblent aussi lourds que les secrets enfouis depuis des années. Forêts denses, routes escarpées, villages isolés, nature omniprésente… La montagne n’est pas un simple décor ici, elle isole, oppresse, protège parfois, mais semble surtout avaler les secrets de ceux qui y vivent.
Cette dimension nature writing donne au roman une couleur vraiment spéciale. Une atmosphère sauvage, mélancolique, profondément immersive qui enveloppe le récit d’un bout à l’autre.
Les blessures d’une mère
Onze ans plus tôt, Sara, la fille aînée de Laura, a trouvé la mort dans des circonstances troubles à Alveno. L’affaire n’a jamais été résolue. Lorsqu’Alice, sa seconde fille, disparaît à son tour après un accident de voiture -presque au même endroit- c’est un véritable cauchemar qui recommence. Les blessures du passé ressurgissent brutalement.
C’est Laura qui m’a le plus touchée. Sa détermination farouche, sa douleur de mère déjà brisée par un premier deuil et incapable d’accepter que l’histoire recommence. Tout sonne juste, profondément humain. Lorenzo Sartori prend le temps de construire ses personnages féminins, de les rendre vivants dans leurs contradictions et leurs silences. Et derrière l’enquête, c’est surtout leur souffrance qui traverse tout le roman.
Double temporalité, double douleur
Le récit navigue habilement entre passé et présent. On replonge dans la disparition de Sara, on suit en parallèle les recherches désespérées de Laura pour retrouver Alice. Les deux époques s’entremêlent progressivement, dévoilant peu à peu les failles d’une famille détruite par le deuil et les non-dits.
Le suspense, sans être haletant, ne lâche jamais vraiment. On avance, on cherche, on doute, portés par cette atmosphère envoûtante qui fait qu’on ne peut pas vraiment décrocher.
Et le final ? Je ne m’y attendais pas du tout. Grosse surprise. Je n’en dirai pas plus.
En résumé
Le Nid du rouge-gorge n’est pas un thriller pour les amateurs de sensations fortes à répétition. C’est un roman d’atmosphère avec un supplément d’âme, porté par une plume sensible, des personnages qui existent vraiment et une montagne qui vous rentre sous la peau.
Une très belle découverte qui confirme que le polar italien a décidément beaucoup à offrir. Et un auteur que je suivrai sans l’ombre d’une hésitation.
Je remercie chaleureusement les éditions Gallmeister pour leur confiance.
Quatrième de couverture
À Alveno, un village perdu dans les montagnes du Trentin, Alice a laissé ses plus beaux souvenirs, mais aussi les plus durs. Après des années d’absence, elle s’y rend avec des amis, en route vers l’hôtel que ses parents tenaient lorsqu’elle était enfant. Sa mère, Laura, a décidé de vendre l’établissement, lié à un passé trop douloureux : la mort violente et inexpliquée de Sara, sa fille aînée. Peu après le départ d’Alice, Laura reçoit un appel de la police : il y a eu un accident de voiture ; Alice est partie chercher de l’aide, mais n’est jamais revenue. La montagne veut-elle encore lui enlever une fille ? Laura se précipite sur place pour suivre l’enquête. Mais jusqu’où une mère est-elle prête à aller pour sauver son enfant ? Lorenzo Sartori signe un thriller passionnant sur la détermination d’une femme qui, au cœur d’une nature ancestrale, fait face à l’indicible.
Editeur : Gallmeister, 390 pages, date de sortie : 6 mai 2026