Ici – Johana Gustawsson & Thomas Enger


Il faut que je vous dise…

J’attendais ce roman avec une impatience mêlée d’une légère appréhension.
Parce que je suis Johana Gustawsson depuis ses débuts. Parce que je connais sa voix, sa sensibilité, sa manière unique de fouiller l’âme humaine. Et parce que, pour la première fois, elle écrivait à quatre mains avec Thomas Enger.

Un roman à quatre mains, ça peut être brillant.
Mais ça dilue souvent une identité.

Ici, c’est tout l’inverse.

Dans Ici, il n’y a pas deux voix.
Il y a une évidence.
Une fusion.

Impossible de deviner qui écrit quoi.
Impossible de sentir la moindre couture.
Les styles se fondent, se répondent, se renforcent. C’est d’une fluidité impressionnante. Précis, maîtrisé, tendu. Un véritable travail d’orfèvre qui donne au roman une puissance supplémentaire.

Au cœur de cette nouvelle série, il y a Kari Voss.

Une héroïne terriblement humaine !
Je l’ai aimée immédiatement.

Ni flic héroïque, ni profileuse spectaculaire.
Comportementaliste, spécialiste du langage corporel, fine observatrice, elle traque l’infime.

Un battement de paupière.
Une respiration qui s’accélère.
Une crispation.
Un silence trop dense.

Le corps ne ment pas.
Mais l’esprit, lui, peut réécrire l’histoire.

Quand deux adolescentes sont assassinées dans une maison de vacances au bord d’un fjord norvégien, l’affaire semble vite réglée : il y a un aveu. Mais Kari, elle, voit ce que les autres ne voient pas. Et ce qu’elle perçoit ne colle pas.

Cette affaire n’est pas une enquête comme les autres.
Eva et Hedda étaient les amies de son fils, disparu sept ans plus tôt.
Ce meurtre ravive une absence. Il fait écho à un silence qu’elle n’a jamais réussi à combler.
Alors forcément, l’enquête ne peut pas être froide.
Kari avance avec ses compétences… mais aussi avec sa blessure.

J’ai aimé l’intrigue.
Mais ce que j’ai préféré, c’est ce doute qui s’installe, lentement, insidieusement.

Cette sensation troublante que nos souvenirs ne sont peut-être pas aussi fiables qu’on le croit.
Qu’ils se réécrivent en silence, sans que nous en ayons conscience, jusqu’à devenir une vérité que l’on défend sans savoir qu’elle est fragile.
Que la mémoire peut trahir… jusqu’à rendre l’histoire méconnaissable.

On sent le travail colossal derrière ce roman. Les recherches sur le langage corporel, sur la mécanique des souvenirs, sur la manière dont notre cerveau comble les vides. Rien n’est superficiel. Tout est intégré avec intelligence, avec finesse. On apprend beaucoup de choses sans jamais avoir l’impression qu’on nous donne une leçon.

L’intrigue pourrait paraître classique.
Un crime. Un suspect. Des aveux.

Mais Ici va bien au-delà d’une simple enquête.
Il ne cherche pas à nous éblouir par des rebondissements artificiels.
Il installe le doute. Lentement. Profondément.

Il parle de cette vérité intime que l’on défend bec et ongles… et qui n’est peut-être qu’un récit reconstruit.
De ces instants où une révélation surgit et fait vaciller tout ce que l’on croyait acquis.

La tension s’infiltre au fil des chapitres. Elle monte crescendo. Elle serre lentement le lecteur jusqu’à ne plus le lâcher. La construction est brillante, d’une précision redoutable.

On retrouve tout ce que j’aime chez Johana : la finesse, la profondeur, cette manière d’explorer les blessures intimes sans jamais tomber dans le sensationnel.

Et puis cette fin.

Renversante !

La révélation finale coupe le souffle.
Le twist donne envie de se précipiter sur la suite.

Ici m’a captivée du début à la fin.
Il m’a troublée, m’a fait douter.
Il m’a rappelé pourquoi je lis du noir.

Je referme Ici émue de voir qu’après toutes ces années, Johana Gustawsson ose et se réinvente sans jamais perdre son exigence ni son supplément d’âme.

J’avais peur en ouvrant ce livre.
J’ai eu tort.

Je ne lâcherai pas la main de Johana.
Et je suis prête à suivre Kari là où elle m’emmènera.

Je remercie chaleureusement les éditions Calmann-Lévy pour leur confiance.


Quatrième de couverture

Kari Voss, brillante comportementaliste spécialiste du langage corporel, travaille avec la police d’Oslo. Dévastée par la disparition de son fils sept ans plus tôt, elle s’est plongée dans sa vie professionnelle pour avancer.

Pourtant sa douleur est ravivée quand deux adolescentes sont assassinées dans une maison de vacances au bord d’un fjord. Eva et Hedda étaient les meilleures amies du fils de Kari. Le suspect, Jesper, à l’époque un petit garçon timide, était le quatrième de leur bande. Il a avoué.

Par son métier, par son instinct, Kari est celle qui voit ce que les autres ne voient pas. Dans cette affaire, les parents, les amis, les voisins, les victimes même semblent avoir quelque chose à cacher. Malgré les preuves accablantes, Kari est persuadée que l’histoire est bien différente de la version officielle, et, seule contre tous, elle va tenter de le prouver.

Car ici, tout le monde ment…

Editeur : Calmann-Lévy, 533 pages, date de sortie : 4 février 2026

5 commentaires sur « Ici – Johana Gustawsson & Thomas Enger »

  1. Rhaaaaa 😍. Qui c’est qui se noie dans sa salive ? J’avais dit non non non.
    C’est bien parti pour que ce soit oui oui oui. 😂
    C’est une déclaration d’amour à Johana.
    Merci à toi pour le partage de la chronique 🙏 😘
    Ps: j’en ai des frissons

    J’aime

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