White city – Dominic Nolan

Après Vine street qui m’avait mise KO, j’attendais White City avec une impatience inquiète. Dominic Nolan pouvait-il me refaire le même coup ?

Non. Et c’est tant mieux.

La comparaison est inévitable : Vine Street reste pour moi un choc absolu, plus intense, plus obsédant, avec Leon Geats l’inoubliable. White City m’a moins époustouflée, mais il est tout aussi solide et peut-être encore plus riche sur le plan social et historique. Un sacré roman, sombre et puissant. Magistralement écrit. On est ici davantage du côté du roman noir et de la fresque historique que de la traque : moins de tension policière pure, plus de destins croisés.

J’ai adoré certains passages, j’en ai trouvé d’autres un peu longs. Mais je l’ai refermé avec une envie folle : que Dominic Nolan continue de nous raconter ses histoires du passé.

Le braquage qui change tout

Le point de départ est un fait divers réel : en 1952, un fourgon de la Poste britannique est braqué en pleine nuit. Le plus gros casse de l’histoire du pays à l’époque. Les voleurs disparaissent. L’argent aussi. Personne n’est jamais inculpé.

Mais Dominic Nolan ne s’intéresse pas au braquage lui-même. Il raconte ce qui reste après : les vies fracassées autour. Les familles des disparus, les veuves, les enfants qui grandissent sans père. Les mères qui sombrent. Les dettes qui s’accumulent. Les silences qui tuent.

Le roman alterne entre l’intimité de ces foyers brisés et le monde de la pègre. Et c’est là que White City prend toute sa force : les passages qui m’ont le plus touchée, sont ceux consacrés aux familles. Pas aux braqueurs.

Addie, cœur battant du roman

Addie Rowe m’a bouleversée. Adolescente métisse, son père, un postier jamaïcain, disparaît du jour au lendemain après le braquage. Elle se retrouve à tout porter sur ses épaules : une mère alcoolique qui s’effondre, une petite sœur, Nees, qu’il faut protéger coûte que coûte. Sa lucidité, sa tendresse, sa manière de tenir debout dans un monde qui ne lui fait aucun cadeau. L’auteur lui donne une épaisseur incroyable et une grande humanité.
Ces passages-là, je les ai dévorés, la gorge serrée.

Londres en ruines, Londres en colère

Comme dans Vine Street, Londres est un personnage à part entière.
Une ville qui sort à peine de la guerre, avec ses rues bombardées, ses maisons en ruines et ses terrains vagues. Dans ce chaos s’installent les trafics, les marchands de sommeil, les petites et grandes corruptions.
Arrivent aussi les vagues migratoires venues de Jamaïque, parquées dans des taudis, exploitées, méprisées. La haine raciale monte. Le roman nous mènera jusqu’aux émeutes de Notting Hill, à la fin des années 1950.
Ce passé résonne très fort avec notre présent.

Du côté de la pègre, le rythme s’étire

J’ai ressenti quelques longueurs, surtout dans les passages consacrés aux braqueurs et aux gangsters. Dave Lander, flic infiltré dans les bas-fonds, Teddy « Mother » Nunn, le gangster sociopathe… Ils sont bien écrits, complexes, mais j’ai eu plus de mal à rester accrochée à leurs trajectoires qu’à celle d’Addie. J’ai été plus touchée par les gens ordinaires pris dans des engrenages.

Un roman ample, pas un coup de foudre

White City n’est pas Vine Street.
Il n’a pas cette intensité obsessionnelle, cette traque qui vous colle à la peau pendant des jours. C’est une fresque plus large, plus sociale, moins portée par un personnage aussi magnétique que Leon Geats.
Mais c’est un beau roman. Dense, sombre, parfois brutal, toujours profondément humain. Dominic Nolan sait raconter Londres et ses fantômes. Il sait dire les vies qu’on ne raconte pas d’ordinaire.
Il confirme qu’il est un très bon auteur de polar : livre après livre, il construit une véritable contre-histoire criminelle de Londres.

En résumé

J’ai beaucoup aimé White City, sans en tomber amoureuse. Certains passages m’ont profondément remuée, d’autres m’ont moins emportée. Mais au final, une seule certitude s’impose : j’ai envie que Dominic Nolan continue. Qu’il nous raconte encore ces histoires enfouies, ces vies cabossées, ce Londres qu’on ne voit jamais sur les cartes postales. Parce que sa voix, elle, est vraiment unique. Et je la suivrai où qu’elle nous mène.

Quatrième de couverture

En 1952, Londres est une ville en ruine, soumise au rationnement et gangrenée par la pègre. Le vol d’un fourgon de la poste – le plus gros cambriolage de l’histoire britannique – met les journaux en ébullition. Mais pour deux familles, il s’agit de bien plus qu’un fait-divers sensationnel, car les pères de ces foyers n’ont plus été revus depuis. La jeune Addie Rowe s’efforce de s’occuper de sa petite sœur et de leur mère alcoolique dans une maison délabrée, tandis que Claire Martin voudrait que son fils Ray échappe aux mauvaises fréquentations de son mari disparu. Dont le gangster sociopathe Teddy « Mother » Nunn, bras droit du parrain Billy Hill, et son énigmatique homme de main Dave Lander.

« Cette descente aux enfers alimentée par la dexedrine, pleine de chagrins d’amour et d’ironie, se termine par les émeutes de Notting Hill en 1958. » The Times
« Vine Street était exceptionnel, mais White City va encore plus loin. Je doute fort de lire un meilleur roman policier cette année. » Ian Rankin

Editeur : Rivages, 560 pages, date de sortie : 1er octobre 2025

12 commentaires sur « White city – Dominic Nolan »

      1. oh oui, Vine Street est exceptionnel ! Mais il vaut mieux choisir le bon moment pour le commencer, c’est une brique qui demande du temps, il faut s’y plonger à fond pour bien en profiter ! Bonne lecture ♥️

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      1. Évidemment qu’elle s’en fiche Azelnut, tant qu’elle est bien nourrie et au chaud, 😂 tous les mêmes nos minous chats. 😻😘

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  1. Bonsoir Nadia,

    pas le genre de polar pour moi en ce moment.

    Merci pour cette chronique. J’avais repéré le bouquin durant mes achats de Noël en librairie et tu confirmes mon ressenti.

    A bientôt 😘

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