Nulle part où revenir – Henry Wise

Une révélation !

Henry Wise fait une entrée fracassante dans le paysage du roman noir avec son premier roman. D’ores et déjà couronné aux Etats-Unis de l’Edgar Award 2025 du meilleur premier roman américain. Nulle part où revenir est un portrait saisissant de l’Amérique fracturée d’aujourd’hui. Comment un auteur peut-il dès son premier roman maîtriser avec autant de justesse les codes du roman noir américain ? C’est un vrai mystère.

Will Seems, après dix années passées à Richmond, revient dans la petite ville où il a grandi pour prendre un poste d’adjoint au shérif. Retour aux sources vers cette terre du sud de la Virginie qui porte encore les stigmates de l’histoire, celle des plantations de tabac et de l’esclavage. Dans ce paysage désolé, entre marais et maisons abandonnées, le temps semble s’être figé et les fantômes rodent partout. Will va devoir affronter ceux de son passé mais aussi ceux, bien réels, qui hantent encore cette région oubliée du progrès. Dans cette petite ville, les vivants traînent leurs fantômes comme des boulets et le rêve américain a depuis longtemps tourné au cauchemar.

L’intrigue démarre quand Will découvre le corps de son ami Tom Janders dans une maison en flammes. C’est un meurtre déguisé en accident. Le vieux Zeke Hathom, aperçu s’enfuyant des lieux, est immédiatement inculpé par le shérif Mills. Will est persuadé qu’il est innocent mais le shérif ne veut rien entendre, l’affaire est bouclée. La communauté noire engage une détective privée, Bennico Watts, pour faire éclater la vérité et innocenter Zeke. Ils vont mener l’enquête l’ensemble.

Nulle part où revenir nous offre une intrigue captivante tout en abordant des sujets profonds comme la culpabilité, la justice, la loyauté, le courage, la frontière tenue qui sépare la lâcheté et l’héroïsme. C’est aussi un portrait lucide de ces territoires laissés pour compte où les inégalités et les tensions raciales continuent de gangréner la société.

Des personnages troublants

Will Seems est un personnage complexe. Un homme abimé, écartelé entre son passé et son présent, entre ce qu’il était et ce qu’il est devenu, ses failles et ses zones d’ombre le rendent humain et si attachant. Il ne trouve sa place nulle part, constamment tiraillé par ses contradictions entre entre ses devoirs de flic et sa fidélité à sa loyauté personnelle.

Tous les personnages secondaires sont brossés avec le même soin. Dans cette petite communauté où tout le monde se connaît, rien n’est jamais ce qu’il paraît être. Chacun cache ses mystères et ses secrets enfouis, en se débattant avec son passé.

Bennico Watts, la détective privée virée de la police criminelle de Richmond pour avoir effectué une perquisition illégale, Tania qui balance ses vérités sans filtre, Floressa qui s’accroche à cet endroit maudit par amour-haine ou encore Day, la jeune mère en deuil, aussi impénétrable que les mystères du Snakefoot où elle a grandi. Ils portent tous leur part d’ombre et de vérité.

Une sacrée maturité dans l’écriture ! Une plume littéraire et poétique qui excelle à nous faire ressentir la pesanteur, la mélancolie et l’atmosphère poisseuse du Sud profond. Chaque description suinte la désolation et le racisme, on est dans du pur Southern Gothic. L’auteur nous montre une Amérique fracturée, où les cicatrices de l’histoire saignent encore. Quand Will roule la nuit dans son camion, hanté par ses insomnies, on sent physiquement cette mélancolie qui l’écrase. Les descriptions sont cinématographiques, on voit ces paysages désolés, on sent cette tension latente qui peut exploser à tout moment. L’auteur maîtrise l’art du non-dit -cela déstabilisera certains lecteurs- il nous oblige à lire entre les lignes, deviner les secrets enfouis qui rongent la communauté.

La construction est maîtrisée, l’intrigue nous tient en haleine jusqu’au bout. L’auteur entretient le suspense tout en prenant le temps de développer l’atmosphère et de creuser la psychologie de ses personnages, l’équilibre est parfait.

Nulle part où revenir est un excellent roman qui a du fond et de la forme. Sombre et noir et désespéré ! Il s’inscrit dans la lignée de S.A. Cosby ou de Ron Rash. Et pour les amateurs de séries, on y trouve la même atmosphère que dans True Detective.

Une fois de plus les éditions Sonatine mettent en lumière une voix nouvelle forte, j’espère qu’elle fera beaucoup de bruit. Moi, j’ai déjà hâte de lire le prochain.

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine pour leur confiance.

Quatrième de couverture

 » J’ai adoré ce livre.  » S. A. Cosby
Après dix années passées à Richmond, Will Seems revient dans la petite ville où il a grandi, pour prendre un poste d’adjoint au shérif. Il y retrouve cette terre du sud de la Virginie hantée par l’histoire, celle des riches plantations de tabac et de l’esclavage, que le progrès semble avoir oublié. Dans ce paysage désolé, entre marais et maisons abandonnées, les fantômes sont partout. Et Will va bientôt devoir affronter ceux de son propre passé lorsqu’un de ses amis d’enfance est assassiné. Alors qu’un vieil homme est soupçonné, la communauté noire de la région engage une détective privée, Bennico Watts, pour l’innocenter. Leur enquête va les mener, elle et Will, vers le Snakefoot, ce territoire marécageux où depuis toujours se réfugient les exclus et les dépossédés, et où cohabitent aujourd’hui les descendants d’esclaves et les white trash. Bientôt ils vont réaliser que pour élucider un crime, la compréhension du lieu importe parfois tout autant que le mobile.

Avec ce premier roman, Henry Wise s’installe d’emblée dans la cour des grands. S’il nous présente le portrait stupéfiant d’une Amérique rurale où règnent toujours de vieux démons, exaltés par une situation économique misérable, il tend à l’universel par la puissance de son style et de sa vision. Avec un personnage principal complexe, dont tous les repères s’effondrent dans un pays qu’il ne reconnaît plus, porté par un suspense et une atmosphère qui évoquent True Detective , Nulle part où revenir est un très grand livre à la beauté désespérée.
 » Entremêlant d’une main de maître les forêts décimées et les plantations de tabac tentaculaires avec les portraits intimes des communautés qui peuplent la Virginie-Occidentale rurale, Henry Wise parvient dès son premier roman à accomplir l’exploit de faire entendre une voix intimement puissante et singulière. C’est un auteur dont on n’a pas fini de parler.  » Eli Cranor

Editeur : Sonatine, 424 pages, date de sortie : 28 août 2025

13 commentaires sur « Nulle part où revenir – Henry Wise »

Répondre à belette2911 Annuler la réponse.

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