Interview de Claire Caland

©️ photo : Luc Vidal

Bonjour Claire Caland,

Je vous remercie beaucoup de m’accorder du temps pour répondre à cette interview. C’est un véritable cadeau pour les lecteurs de LIVRESSE DU NOIR et je suis certaine que nous allons passer un bon moment ensemble.

Si vous deviez vous présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas, que diriez-vous ?

Claire Caland : Je suis chercheure en mythologie comparée et en littérature de l’imaginaire. Le polar croise ces deux intérêts, puisqu’on peut identifier la tragédie Oedipe-roi de Sophocle comme le premier polar de l’humanité !

Votre bande dessinée « L’histoire du polar » écrite en collaboration avec la dessinatrice Sandrine Kerion est un ouvrage exceptionnel. Un véritable page turner qui nous réserve tant de surprises. Un MUST, un indispensable pour tout amateur de polar.

Comment est né ce projet et comment êtes-vous arrivée dans cette aventure ?

Claire Caland : Ce projet s’inscrit dans une collection « Histoire de… en bande dessinée » chez Les humanoïdes associés ; il en constitue la deuxième étape, après La science-fiction. Sur la proposition de l’éditrice Cécile Chabraud, qui connaissait bien mon travail, j’ai relevé le défi d’une première scénarisation pour la bande dessinée et j’avoue avoir découvert tout un univers !

Vous remontez le temps aux origines du polar. Depuis l’Antiquité, vous présentez les différents courants du genre, les évolutions en fonction des époques, les grands auteurs. Vous ouvrez la porte au cinéma, à la bande dessinée et aux mangas.

Le sujet est vaste et tellement complexe. Vous nous offrez une multitude d’informations, c’est riche et documenté et pourtant nous sommes loin de la compilation indigeste. Vous proposez différents niveaux de lecture, tant dans le scénario que dans les dessins, tout en gardant une grande lisibilité et fluidité. C’est drôle, ludique et si instructif !

Je suis tout simplement admirative de votre immense talent et du travail titanesque effectué.

Comment êtes-vous parvenue à synthétiser l’ensemble pour aller vers l’essentiel ? Comment avez-vous choisi les coups de projecteurs donnés sur les différents courants ? L’ouvrage est structuré en 21 chapitres. Avez-vous avancé chronologiquement ? Aviez-vous un fil conducteur pour condenser une telle somme d’informations ?

Claire Caland : Au vu de la masse de documents (études, romans, biographies…), il m’a fallu rapidement trancher : exclure le roman d’espionnage, et évoquer le cinéma à partir de ses adaptations littéraires. À partir de là : pourquoi pas une encyclopédie graphique sur un mode ludique, me suis-je dit ? Le plaisir conjoint d’apprendre et de jouer a été mon fil rouge tout au long de l’écriture et de la mise en images avec Sandrine Kerion, ma formidable dessinatrice. J’ai eu des partis-pris, évidemment, avec la volonté de mettre en lumière quelques grands oubliés de l’histoire du polar et de révéler le rôle fondamental des autrices au fil du temps ! Mais le chapitre sur le roman noir, pour être honnête, m’a échappé, et il s’est déployé sur quatre chapitres, tant il y avait à dire. Sur ce point, j’ai contacté Benoît Tadié, éminent spécialiste, qui a répondu avec générosité à mes questions, me permettant de trancher sur des points délicats. Quant à l’écriture et mise en images, Sandrine Kerion et moi nous nous sommes fait les crocs sur Agatha Christie, c’est dire que l’ordre chronologique n’a pas été suivi, bien que tout ait été scénarisé en amont.

Le polar est un genre qui transgresse les règles et vous les avez également transgressées. Vous avez osé sortir du cadre pour nous donner à voir tout en nous amusant. On sent que vous vous êtes beaucoup amusée dans l’écriture de cet album. C’est exact ?

Claire Caland : Écrire une histoire – que ce soit du polar ou de la science-fiction – c’est très exigeant, et parfois on baisse un peu les bras. Heureusement, j’aime mon sujet, m’y amuser était donc un prérequis pour accepter cette plongée parfois terrible et terrifiante dans le polar ! Ainsi, j’ai choisi de faire une nature morte à énigmes plutôt que de montrer des horreurs réalistes, et cela m’a bien amusée. Ma plus grande joie a été de transformer les bibliographies souvent indigestes qu’on peut trouver dans les ouvrages scientifiques en moment d’amusement, en trouvailles sans cesse renouvelées. Et sur ce point, Sandrine s’est vraiment piquée au jeu.

Sandrine Kerion est aux commandes pour les dessins. Les idées de mise en scène sont d’un dynamisme fou. Cela pétille et fourmille de trouvailles à chaque page. J’en citerai deux : l’utilisation d’un jeu de couleurs en fonction des époques et des courants et les bibliographies cachées et très ludiques. C’est une première collaboration ensemble et on ressent une grande complicité entre vous deux, textes et dessins s’imbriquent à merveille avec beaucoup d’imagination.

Comment êtes-vous arrivées à une telle symbiose ? Et comment avez-vous travaillé ensemble ?

Claire Caland : Sandrine Kerion et moi nous nous sommes apprivoisées sur quelques mois, avec beaucoup de respect réciproque. J’ai adoré travailler avec elle parce que, d’emblée, elle a relu Œdipe-roi pour comprendre mon point de vue : j’étais forcément conquise ! Elle m’a beaucoup apporté, elle a un talent fou. Plus on avançait, plus on échangeait pour ne pas lasser le public. La dernière année, on se parlait tous les jours. Elle fourmille d’idées, moi aussi, et ensemble, je crois, on a fait ressortir le meilleur de nous-mêmes. Les codes couleurs se sont imposé d’emblée : sépia pour la partie historique et une couleur précise pour chaque univers, par exemple : un gris froid pour les tueurs en série ou un orange pour la mythologie et le western….

Une dernière question : êtes-vous une grande lectrice de littérature noire ? Votre dernier coup de cœur ?

Claire Caland : Mon dernier coup de cœur ? Dans la forêt du croque-mitaine d’Ivar Leon Menger. Un souhait ? Que le polar allemand soit mieux mis en avant en France, car il y a des pépites et des auteurs de grande qualité. Ivar Leon Menger en fait partie.

Encore un immense merci d’avoir répondu à cette interview.

14 commentaires sur « Interview de Claire Caland »

  1. Je l’offre à mes proches qui, comme moi, adorent le polar et le recommande autour de moi, même et surtout à ceux qui ne lisent pas, ne connaissent pas, n’osent pas s’aventurer (dans) le polar. Il faut oser le mot : plus qu’un livre : c’est une oeuvre d’art. Michel S. (Liège)

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    1. Nous sommes bien d’accord, cet album est une pure merveille ! Puis je vous demander si vous êtes d’accord de publier votre commentaire (copié/collé) sur ma page FB Livresse du Noir dans les commentaires sous mon post de ce matin avec l’interview ? Et sinon, pourrais je le publier moi même ?
      Un tout grand merci d’avance.

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Répondre à onlywithempathy Annuler la réponse.

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