Les saules – Mathilde Beaussault

Un noir rural tout en atmosphère, comme je les aime.

L’histoire nous happe dès le prologue… Marie, dix-sept ans, la fille des pharmaciens du hameau se fait belle pour son rendez-vous galant. Mais tout ne se passe pas comme prévu. Son corps est retrouvé dans « la coulée », un bras de rivière bordé de saules pleureurs. Elle semble dormir paisiblement, mais les marques sur son cou disent tout le contraire, elle a été assassinée. Une petite fille a vu quelque chose la nuit du meurtre. Cette petite c’est Marguerite, la sauvageonne quasi muette et toute crasseuse, ses cheveux sont sales et si emmêlés qu’un oiseau pourrait y faire son nid. Marguerite regardée comme une simple d’esprit et durement maltraitée par ses camarades. Marguerite la solitaire en quête d’amour et de tendresse. Marie était la seule à être gentille avec elle. Marie avec ses robes courtes et voyantes avait une réputation de « Marie couche toi là », elle aimait attirer l’attention des hommes.

Cette histoire, c’est celle d’une enquête délicate. Celle de Marguerite et de Marie. Celle d’un hameau loin de tout au coeur de la Bretagne. Celle de rumeurs et de rancoeurs entre les habitants.

Arlette, officier de la police judiciaire, vient prêter main forte à la gendarmerie locale. Dans le coin, André et ses hommes ont l’habitude de verbaliser les ivrognes, quant à mener une enquête sur un crime, c’est une toute autre affaire.

On se laisse porter par ce rythme lent, complètement immergé dans ce hameau perdu. L’enquête avance pas à pas, distillant une tension sourde et contenue qui nous piège et aiguise notre curiosité. Tous les habitants sont interrogés, difficile de leur arracher les mots de la bouche à tous ces taiseux. Comment pénétrer au coeur de leurs silences ? Comment extirper les secrets et les non-dits bien enfouis, les jalousies, les haines, les rancoeurs qui empoisonnent leurs existences ? Les portraits sont finement brossés et la psychologie bien travaillée. Sans détails excessifs, l’auteure parvient à saisir l’essence de certains protagonistes et à leur donner une belle épaisseur.

L’atmosphère particulièrement soignée est au coeur de ce polar, laissant l’enquête en filigrane. Mathilde Beaussault a une vraie plume d’une belle sensibilité. Une musique s’en dégage et je me laisse toucher. L’écriture finement travaillée, les mots choisis avec soin nous plongent dans une ambiance noire, âpre et rude. L’auteure manie avec subtilité l’art des nuances, sa palette alterne les gris clairs, les gris foncés et les noirs profonds. La brume sombre se laisse traverser par moment par des petits éclats de lumière. Regardez bien la photo de couverture, elle illustre à merveille les couleurs de ce récit.

L’intrigue est bien ficelée, les indices distillés au compte goutte maintiennent notre attention, le mystère reste entier jusqu’au très beau dénouement.

Un excellent premier roman. Mathilde Beaussault est une jeune auteure à suivre sans l’ombre d’une hésitation.

Je remercie chaleureusement les éditions SEUIL pour leur confiance.

Quatrième de couverture

Aussi âpre que bouleversante,
une histoire de liberté et de meurtre,
de silence et d’amitié,
au cœur d’un hameau breton.

Allongée au bord de la rivière, cachée par les saules pleureurs, Marie, dix-sept ans, semble paisible, endormie, ce que démentent les marques sombres sur son cou.
Sa mort brutale ébranle toute la communauté, et surtout Marguerite, une petite fille solitaire que tous croient simple d’esprit. Ses parents, peu enclins à manifester leur affection, travaillent leur terre du matin au soir. Livrée à elle-même, maltraitée à l’école, elle aime se réfugier au bord de la rivière, où elle se sent en sécurité sous les saules.
Cette nuit-là, elle a vu quelque chose. Elle voudrait bien aider Marie, la seule qui était gentille avec elle. Mais voilà, Marguerite ne parle pas, ou presque jamais. Mutique derrière sa chevelure sale et emmêlée, elle observe l’agitation des adultes qui, gendarmes ou habitants, mènent l’enquête. Mais comment discerner la vérité parmi les rumeurs, les rivalités familiales et les rancœurs tissées de longue date ?

Une nouvelle voix à découvrir absolument !

Editeur : Seuil, 272 pages, date sortie : 10 janvier 2025

16 commentaires sur « Les saules – Mathilde Beaussault »

Répondre à Nath - Mes Lectures du Dimanche Annuler la réponse.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.