Sur le toit de l’enfer – Ilaria Tuti

Sur le toit de l’enfer – Ilaria Tuti

COUP DE COEUR !!!

Une nouvelle voix féminine dans le thriller italien… 

Découvrir un premier roman, c’est toujours un grande excitation pour moi. Et à force de lire des thrillers, polars et noirs, je sens très vite quand je tiens une pépite en main, un roman qui possède ce petit « quelque chose » de plus que les autres.

Sur le toit de l’enfer est un incroyable premier roman, un thriller d’atmosphère d’une maîtrise impressionnante, comme si Ilaria Tuti était née avec une plume en or en main.

Un petit village austère dans les montagnes du Frioul, un paysage hostile, une atmosphère angoissante, magnétique. Tout est décrit avec tant de nuances, le lecteur voit la beauté de la nature sauvage, il ressent le froid, la neige et la blancheur partout, les falaises, il entend le silence de la la forêt.

Un corps est retrouvé, horriblement mutilé, les mains posées sur un coussin de mousse, un pétale de fleur entre les doigts, un tableau peint à la couleur rouge sur la neige blanche. Le froid a figé la scène macabre.

L’enquête démarre lentement, elle est confiée à Teresa Bataglia, une commissaire spécialisée dans le profilage, hyper douée pour entrer dans l’esprit de ceux qu’elle traque. J’ai adoré cette héroïne atypique, complexe, très touchante, d’une humanité extraordinaire. La soixantaine, elle cache une maladie et une fragilité émotionnelle par son attitude réservée, odieuse et hostile. Elle travaillera en tandem avec Massimo Marini, un tout jeune flic inexpérimenté mais prometteur.

Ilaria Tutti maitrise l’art de plonger dans l’âme de ses personnages, elle les décortique en leur donnant une belle profondeur.

Les agressions brutales se poursuivent, un fantôme se cache dans la forêt, il épie. Vous n’avez jamais, oh grand jamais croisé un tueur comme celui ci. La peur s’empare de la petite communauté repliée sur elle-même, le maire et la police locale refusent de coopérer.

Une passionnante enquête qui maintient le lecteur sous tension et le fait naviguer entre présent et passé. Un saut dans les années 80 dans une cabane au coeur de la forêt. Un autre en 1978, en Autriche, une étrange institution appelée L’école. Existe-t-il un lien avec les événements d’aujourd’hui ?  Les habitants se taisent et protègent des secrets bien enfouis depuis des décennies. Teresa Bataglia se battra sans relâche pour dénouer cette intrigue, elle écoutera sa profonde intuition, elle creusera jusqu’aux racines profondes, là où se cache le mal.

Sur le toit de l’enfer possède ce supplément d’âme que j’aime tant. J’ai adoré la sensibilité toute particulière de l’auteure. Vous garderez longtemps en mémoire la bouleversante rencontre entre la commissaire et le tueur… sublime d’émotions !

Je vous invite vivement à lire les dernières pages où l’auteure se présente, elle explique que son roman « plonge ses racines dans sa terre d’origine » et même ses remerciements possèdent quelque chose de très touchant.

Ilaria Tuti a reçu de nombreux éloges, dont celui de Donato Carisi. Retenez bien son nom car elle va faire beaucoup de bruit dans les prochaines années, j’en suis sûre. Ce roman est le premier d’une trilogie, j’ai hâte de retrouver la commissaire Bataglia.

Une mention spéciale pour le fabuleux travail de traduction de Johan-Frédérik Hel Guedj. Une autre mention spéciale pour la sublime couverture.

Je remercie chaleureusement La Bête Noire pour sa confiance.

4ème Couverture

 » Les tueurs voient l’enfer que nous avons sous nos pieds, tandis que nous, nous ne voyons que les fleurs…  »
Dans les montagnes sauvages du Frioul, en Italie, le commissaire Teresa Battaglia, la soixantaine, la langue acérée et le coeur tendre, est appelée sur les lieux d’un crime pour le moins singulier : un homme a été retrouvé mort, les yeux arrachés. À côté de lui, un épouvantail fabriqué avec du cuivre, de la corde, des branchages… et ses vêtements ensanglantés.
Pour Teresa, spécialiste du profilage, cela ne fait aucun doute : le tueur frappera à nouveau. Elle va devoir rassembler toute son énergie et s’en remettre à son expérience pour traquer cette bête humaine qui rôde dans les bois. Si tant est que sa mémoire ne commence pas à lui faire défaut…
 » L’Italie tient enfin sa reine du thriller !  » Sandrone Dazieri.
 » Inoubliable !  » Donato Carrisi.

Editeur: Robert Laffont (coll. La Bête Noire), 416 pages, date de sortie: 6 septembre 2018

Dégradation – Benjamin Myers

Dégradation – Benjamin Myers

GROS COUP DE COEUR !

Benjamin Myers n’est pas un inconnu en Angleterre, il a déjà publié huit romans et a remporté le prix GORDON BURN en 2013 pour son roman Pig Iron.

Dégradation (« Turning blue » en version originale) est un roman exceptionnel, une vraie déflagration ! Les amateurs de David Peace seront comblés. Les éditions Le Seuil ont eu du flair en dénichant ce bijou noir.

Le bandeau sur la couverture « Ames sensibles vous auriez tort de vous abstenir » nous annonce la couleur, j’avoue que certains lecteurs devront avoir les tripes bien accrochées pour résister à certaines scènes horribles, violentes, limite gore.

Le paysage est un personnage à part entière dans cette peinture extrêmement noire et sordide du nord de l’Angleterre. Imaginez, un hameau sans nom dans une vallée isolée des Dales, les montagnes gelées tout autour, la grisaille, la pluie, la neige, le froid, les crevasses dans la lande battue par les vents. Une atmosphère sombre qui vous met le cafard en moins de deux.

A deux jours de Noël, une adolescente disparait en baladant son chien dans les landes du Yorshire. C’est la fille du riche homme d’affaires local Ray Muncy. Le chef de la police locale ne prend pas l’affaire au sérieux, il évoque une fugue. Les autorités finissent par envoyer un policier de Londres.  James Brindle, un drôle de gus, un solitaire, un brillant détective qui ne vit que pour son boulot, un obsessionnel compulsif rempli de tocs. Il mènera l’enquête avec Roddy Mace, un journaliste qui a fuit les tabloïds et sa vie de débauche Londonienne pour s’enterrer à la campagne et écrire son roman. Deux personnages aux antipodes qui se détestent d’emblée et finiront par se rapprocher pour les besoins de l’enquête.

Steve Rutter est vite soupçonné, un « monstre » répugnant qui a perdu toute humanité, maltraité par sa mère depuis l’enfance, un taiseux crasseux qui vit seul dans sa ferme au milieu des cochons. L’enquête est passionnante, elle nous fera voyager dans son passé trouble pour tenter d’éclairer le présent. Il sera question de secrets obscurs enfouis, de corruption, de notables mafieux, de pornographie, de tortures, de meurtres. Le lecteur est sous tension dès les premières pages et il aura bien du mal à lâcher l’histoire avant le mot de la fin.

L’auteur nous englue jusqu’au cou dans son univers glauque par la force de son écriture. Sa plume est juste magnifique. Ne laissez pas le manque de ponctuation -l’auteur n’utilise aucune virgule- vous décourager. Certes c’est un peu déroutant au début, il faut s’adapter, mais vous oublierez vite pour vous concentrer sur la beauté du style.

Un terrible roman … noir, macabre et décadent. Les vrais amateurs de noir vont l’adorer.

La suite, « These Darkening days » est déjà écrite et paraîtra bientôt en France. Quelle heureuse nouvelle !

Benjamin Myers est un auteur bourré de talent, je vais le suivre de très près.

Je remercie chaleureusement les éditions LE SEUIL pour leur confiance.

4ème Couverture

Au plus profond de l’hiver, dans la lande rugueuse et désolée du nord de l’Angleterre, une jeune fille disparaît. Deux hommes la recherchent : le détective James Brindle, solitaire, taciturne, obsessionnel, et Roddy Mace, ex-journaliste des tabloïds fuyant son passé de débauche à Londres. Ils ne tardent pas à dénicher le suspect idéal : Steven Rutter, terrifiant personnage, plus proche de la bête sauvage que de l’homme, qui vit retiré dans une ferme isolée et rumine de sombres secrets. Mais il n’est pas le seul, et ce qui s’annonçait comme un banal fait divers va bientôt basculer dans l’horreur, à mesure que Brindle et Mace plongent dans les coulisses insoupçonnées de la vie du hameau.

Editeur: Le Seuil, 400 pages, date sortie: 6 septembre 2018

Délicieuse – Marie Neuser

Délicieuse – Marie Neuser

Une lecture très mitigée….

Après vingt ans de mariage et d’amour, le mari de Martha lui annonce « Martha, il faut que je te parle… ». Les mots terribles que personne n’a envie d’entendre… Quoi de plus tragique, quoi de plus banal qu’une séparation ?
Vingt ans d’amour qui volent en éclat. Martha refuse la rupture, elle est prête à tout pour continuer d’exister, pour que son homme lui revienne. Elle va se filmer entrain de parler à son mari, elle veut que tout le monde entende sa confession, elle crie sa douleur et la partage sur le réseaux sociaux.

Une première partie d’une force incroyable. Des mots qui tordent les tripes. Le long monologue, la confession très bavarde et impudique d’une femme qui sombre, une femme atteinte au plus profond de son âme, un cri d’amour, une mise à nu d’elle même, une immersion totale dans la douleur, une plongée vers la folie. Une femme blessée et humiliée, une  femme en colère qui nous épargne rien.

Hélas, le soufflé retombe dans la deuxième partie. C’est lent, c’est long, Martha continue à geindre durant 300 pages. Le choix du monologue n’aide pas le lecteur. Je crois que j’ai saturé, je me suis ennuyée, j’ai même failli abandonner ma lecture, ne ressentant aucune empathie pour Martha. La tension chute de plus en plus pour remonter dans les cent dernières pages totalement jouissives, un final que j’ai adoré !

Un roman inclassable entre le roman d’amour, la tragédie grecque et le thriller psychologique, un brillant exercice littéraire, un roman original, une plume exceptionnelle mais j’ai eu beaucoup de mal à m’accrocher à ce trop long texte. Un roman qui fera le bonheur des psychanalystes, j’en suis certaine.

Je remercie chaleureusement les éditions Fleuve pour leur confiance.  Une mention spéciale pour la magnifique couverture.

4ème Couverture

L’histoire commence ainsi : une femme parle à l’homme qu’elle aime.
Devant elle : les restes d’un repas.
Plutôt que le papier, elle a choisi l’écran.
À l’intimité d’une lettre, elle a préféré la vidéo et la multitude des réseaux sociaux.
Cette femme, c’est Martha Delombre, psychologue criminelle habituée aux confessions les plus abominables.
C’est désormais à son tour de se confesser. L’impudeur ? Peu lui importe, car tout le monde doit savoir. À commencer par lui. Le traître.
Peut-on dire adieu à vingt ans d’amour fou en succombant à la première inconnue qui passe ? C’est ce qu’il croyait. Au rythme des likes et des partages, traquant la fréquence des connexions, scrutant le pouls des commentaires, Martha la ténébreuse se montrera prête à tout pour continuer d’exister sans baisser la garde, jusqu’au point de rupture. Celui qu’on n’attendait pas et qui a le pouvoir de redistribuer les cartes.

Editeur: Fleuve noir, 480 pages, date sortie: 23 août 2018

La rivière de l’oubli – Cai Jun

La rivière de l’oubli – Cai Jun

Dépaysement garanti !

Surnommé le « Stephen King chinois », Cai Jun a 40 ans. Ses romans se sont vendus à plus de 13 millions d’exemplaires. Très attirée par la culture chinoise, je ne pouvais passer à côté de cette découverte.

Shen Ming, jeune et brillant professeur est suspecté d’avoir assassiné une lycéenne, morte empoisonnée par une nuit de juin 1995. Quelques jours plus tard, il est retrouvé poignardé près de l’école. Son meurtre suit celui du censeur du lycée. La police n’y comprend rien et ne réussit pas à élucider ces trois meurtres sans lien apparent entre eux. Neuf ans plus tard, le mystère reste entier. Un gamin précoce du nom de Si Wang semble être la réincarnation de Shen Ming revenu résoudre le mystère de sa mort. Ses présumés meurtriers sont envoyés, un à un, ad patres. Aurait il traversé la rivière de l’oubli pour se réincarner et obtenir sa vengeance ?

La réincarnation occupe une place importante dans ce thriller qui nous fait voyager dans la Chine communiste. Nous découvrons une culture, des croyances, des traditions et coutumes si différentes des nôtres. Le récit est truffé de références, de citations poétique et littéraires chinoises.

Ceux qui ne sont pas familiers de la culture chinoise rencontreront peut être quelques difficultés pour entrer dans l’histoire et risquent d’être déstabilisés par l’impressionnante galerie de personnages et autant de noms compliqués qui se ressemblent tous (un lexique en début d’ouvrage permet au lecteur de s’y retrouver). Ils devront aussi s’habituer au tutoiement utilisé en Chine, quelque soit l’âge ou le statut de personnes.

L’histoire est longue, très dense, elle se déroule sur vingt ans, de 1995 à 2014 (avec un flash back en 1983).  Si elle démarre rapidement, elle est loin d’être linéaire, elle va et vient dans le temps sans aucune logique.
L’enquête est très originale mais complexe et assez difficile à suivre. Le lecteur s’embrouille, il doit s’accrocher pour suivre la pensée « zigzagante » de l’auteur et les nombreux personnages. Heureusement, chaque chapitre débute par une date et  l’âge des personnages est souvent rappelé pour que le lecteur ne perde pas complètement le fil.

J’émettrai un gros bémol, hélas ! Les nombreuses répétitions et longueurs finissent par lasser (ou perdre)  le lecteur dans la seconde moitié du récit, difficile de rester sous tension et en haleine durant 484 pages quand on se perd dans les ramifications et les détails, il faudra beaucoup de patience pour arriver aux surprenantes révélations finales.

Les amoureux de la culture chinoise se régaleront. Les autres, les curieux qui tenteront l’aventure découvriront un pays, une culture, une ambiance… un voyage intéressant malgré le gros bémol.

Je remercie chaleureusement les éditions XO pour leur confiance.

4ème Couverture

Chine du Nord, juin 1995.
Shen Ming, jeune et brillant professeur, est suspecté d’avoir assassiné une lycéenne.
Quelques jours après, il est poignardé près de l’école, dans une usine désaffectée.

Neuf ans plus tard, le mystère s’épaissit.
Les présumés meurtriers du professeur sont envoyés, eux aussi, au royaume des morts.
La rumeur se répand alors : et si Shen Ming avait traversé la rivière de l’Oubli pour se réincarner et se venger ?

Editeur: XO, 484 pages, date sortie: 13 septembre 2018

Parfois c’est le diable qui vous sauve de l’enfer – Jean-Paul Chaumeil

Parfois c’est le diable qui vous sauve de l’enfer – Jean-Paul Chaumeil

Une sacrée belle découverte !

Boris a perdu sa femme dans les attentats de New York le 11 septembre 2001, il survit miraculeusement.  Rongé par la culpabilité et le chagrin, il sombre dans la dépression et n’est plus capable de s’occuper de sa fille Julia, il la confie à sa belle soeur et part combattre les talibans en Afghanistan pour calmer sa haine.  Quinze ans plus tard, il vit à Bordeaux où il est enquêteur privé.  Une nuit, il intervient dans une bagarre, un groupe d’extrémistes s’en prend à des homosexuels.  Durant la bagarre, un homme est jeté d’un balcon, il meurt en s’écrasant au sol. C’était un policier en infiltration. Grâce à ses contacts dans la police, Boris visionne la vidéo de la bagarre. Le responsable du meurtre est un certain Wolf, leader au Groupe Identitaire d’ultra droite. A ses côtés, Boris aperçoit sa fille Julia qui semble faire partie du groupe.
Sa fille Julia, petite fille d’anarchistes catalans,  a choisi la radicalisation d’extrême droite, la voie de la haine et de la colère, la voie de la vengeance envers ceux qu’elle juge responsable de la mort de sa mère. Boris se promet de tuer Wolf et de sauver sa fille. Il entame une impitoyable chasse à l’homme, aidé de Manuel, le colombien qui a combattu dans les Farc et Carole, une journaliste gauchiste. Il est prêt à tout, même à mourir, pour sauver sa fille et la ramener à la raison.

Le roman s’inscrit dans une actualité sensible mais se démarque de tous les autres abordant la radicalisation. Jean-Paul Chaumeil ose le pari risqué d’explorer l’autre face du terrorisme, la face cachée dont on parle si peu, les groupuscules d’extrême droite qui veulent plonger la France démocratique dans le chaos. Tout aussi terrifiant que l’extrémisme islamique.

Un roman de société qui pose des questions pertinentes.  Et un magnifique roman d’amour. L’amour d’un père désespéré en quête de rédemption, la souffrance et la culpabilité d’un père cherchant à tout prix le pardon de sa fille.

J’ai adoré la plume de l’auteur, des coups de bistouris qui t’arrachent les tripes.

Noir, extrêmement noir. Un roman dur et puissant. Une violence qui donne froid dans le dos. Le final est bouleversant, on n’en sort pas indemne.  A découvrir absolument !

Je remercie chaleureusement les éditions Rouergue pour leur confiance.

4ème Couverture

La femme de Boris est morte à New York, le 11 septembre 2001. Aujourd’hui, revenu de ses vengeances qui l’ont mené combattre les talibans en Afghanistan, il vit sur la dalle de Mériadeck, à Bordeaux, où il est enquêteur privé. Une nuit, alors qu’il intervient dans une ratonnade anti-homos, un homme est jeté dans le vide. C’était un flic, il infiltrait un mouvement d’extrême droite préparant un attentat. Or, sur une vidéo clandestine, aux côtés du leader du Groupe Identitaire, Boris reconnaît sa fille Julia. Julia à qui il n’aura transmis, en définitive, que la force de sa haine. Et qui est, selon les rapports du renseignement, « en voie de radicalisation violente ». Dans un Bordeaux envoûtant et électrique, arpenté par des sentinelles, où défilent les manifestants contre la loi travail et où veillent les partisans des Nuit debout, Boris va tenter de prendre la police de vitesse. S’il n’a pas su élever sa fille, du moins croit-il pouvoir la sauver. Sur la face cachée de l’ultra droite, Jean-Paul Chaumeil jette un ancien mercenaire, père défaillant mais protecteur, et une poignée de flics qui tentent de ne perdre ni leur âme ni leur conscience dans une France sous la menace de tous les terrorismes.

Editeur: Rouergue, 272 pages, date sortie: 5 septembre 2018

Moi, témoin – Niki Mackay

Moi, témoin – Niki Mackay

La surprise que je n’attendais pas …

Kate Reynolds a 24 ans, elle vient de purger une peine de six ans, reconnue coupable d’avoir poignardé et tué sa meilleure amie. Ce soir là, elle avait beaucoup bu, elle ne se souvient de rien, elle a avoué. Mais six ans plus tard, dès sa sortie de prison, quelques vagues souvenirs émergent. Persuadée d’être innocente, elle engage Madison  Attallee, une ex flic devenue détective privée, pour reprendre l’enquête bâclée à l’époque.

Un thriller psychologique qui m’a embarquée complètement, lu d’une traite, commencé dans la soirée, je l’ai terminé tard dans la nuit. Un roman choral très prenant, les quatre voix alternent sans cesse donnant un rythme enlevé à la lecture. Les chapitres sont très courts, les rebondissements multiples, la tension omniprésente et le suspense entier jusqu’à la fin. Cerise sur le gâteau, c’est bien écrit ! Bien sûr, le lecteur devine certaines choses, mais Niki Mackay a l’art de nous mener en bateau sur de fausses pistes. L’air de rien, elle aborde beaucoup de thèmes très finement : la maladie mentale, la manipulation, l’alcoolisme, la maternité, la violence conjugale, les secrets de famille.

L’intrigue de départ est plutôt classique et obéit aux codes du genre, mais elle nous réserve de belles surprises. Une mention spéciale pour le personnage de la détective Madison, divorcée, ex flic, ex alcoolique qui a perdu la garde de sa fille, elle n’a pas sa langue en poche, un sacré caractère, forte, fragile, vulnérable. Une héroïne que je suivrai avec plaisir si la série se poursuit.

Un premier roman très réussi et une auteure à surveiller de près.

Je remercie chaleureusement les éditions Marabout pour leur confiance.

4ème Couverture

« Ils disent que je suis une meurtrière. J’ai plaidé coupable. Mais la vérité, c’est que je n’ai rien fait… » Il y a six ans, Kate Reynolds a été retrouvée tenant dans ses bras le corps de sa meilleure amie, couverte de sang, l’arme du crime à ses côtés. Elle a depuis purgé sa peine de prison et retrouvé la liberté. Décidée à laver son nom, elle engage une détective privée, Madison Attallee, qui n’est autre que l’officier de police qui l’a découverte sur la scène de crime. Convaincue de la culpabilité de Kate, Madison accepte l’affaire à reculons. Elle s’aperçoit vite que les circonstances du meurtre sont loin d’être claires, et plonge dans le dossier à bras le corps. Mais quelqu’un est déterminé à ce que le passé reste là où il est. Quelqu’un prêt à tout pour que la vérité n’éclate pas, quel qu’en soit le prix.

Editeur: Marabout, 368 pages, date de sortie: 22 août 2018

Les marcheurs – Frédéric Mars

Les marcheurs – Frédéric Mars

Déstabilisant… Percutant !

Un roman paru en 2011 sous le titre « Non stop », bien avant la vague d’attentats multiples qui a touché le monde. Glaçant, ça donne froid dans le dos ! Publié récemment en poche à La mécanique générale, il change de titre, fait peau neuve et s’orne d’une sublime couverture.

Un thriller politique qui file à mille à l’heure, une intrigue très réaliste qu’on suit en temps réel durant trois jours, à la manière de la série 24 heures. A peine ouvert, vous sentez que vous tenez une bombe entre les mains. Il vous sera impossible d’arrêter votre lecture, condamné à tourner frénétiquement les pages jusqu’à la dernière dans un état de stress incroyable. Un conseil: prévoyez du temps devant vous et pensez à respirer de temps en temps !

Marcher ou mourir, voilà le défi lancé à des milliers d’américains porteurs d’un pacemaker trafiqué. Transformés en kamikaze à leur insu, le 9 septembre 2012 ils reçoivent une lettre leur donnant une consigne claire, ils doivent se rendre dans un lieu stratégique précis -commissariat, central téléphonique, stade sportif- où ils trouveront les instructions pour désamorcer la bombe, ils ne peuvent jamais s’arrêter de marcher, sinon BOUM. Les explosions s’enchaînent et sèment le chaos à travers tout le pays. L’état d’urgence et le couvre-feu sont déclarés. Qui transforment d’honnêtes citoyens en bombe humaine onze ans après les attentats du 11 septembre ? Et pourquoi ? Des terroristes ? Une secte ?

Un récit haletant aux ramifications multiples qui mêle politique internationale, conspiration et théorie du complot. Les grandes instances du pays -FBI, Homeland security, NYPD, le maire de New York, le président des Etats Unis- entrent en jeu pour gérer la crise et sont confrontées aux multiples failles des systèmes de sécurité. Il y a tant de protagonistes en action que le lecteur pourrait craindre d’être perdu, rassurez-vous le récit est fluide de bout en bout.
Liz, du Homeland Security coordonne l’action, Sam le capitaine du NYPD dont la fille fait partie des Marcheurs et Benton du FBI, son ennemi juré, le président Cooper et quelques autres personnages secondaires. Des personnages fort attachants dont l’histoire personnelle nous accroche et donne une belle touche d’émotion à l’enquête.

Une course contre la montre teintée de paranoïa, un cauchemar anxiogène à mourir qui nous immerge totalement.  Les chapitres très courts, la construction complexe orchestrée dans les moindres détails happe complètement le lecteur. Tout est chronométré à la minute près et le suspense intense est maintenu jusqu’aux toutes dernières pages.
La plume est sèche, tranchante, incisive, très visuelle, tout à fait adaptée au récit que je verrais bien au cinéma ou en série.

Frédéric Mars a fourni un colossal travail de documentation sur la géopolitique et les organisations terroristes, dans les pays occidentaux, au Proche Orient, en Iran, sur tous les intérêts économiques qui les lient. Une analyse réaliste, claire et précise qui n’alourdit en rien l’histoire.

Un dernier détail : je suis plutôt du genre hermétique aux thrillers politiques. En général je n’y comprends pas grand chose ou ils me laissent de marbre. Mais là, je vous assure que j’ai jubilé du début à la fin de ma lecture ! 

Les marcheurs, un thriller brillant et intelligent.
Un parfait mélange entre Politique, Enquête et Emotion.
Un thriller qu’on ne lit pas, on le vit à 100% le coeur au bord de l’explosion !

Je remercie chaleureusement les éditions Ring et La mécanique générale pour leur confiance.

4ème Couverture

9 septembre, Manhattan. Un homme ordinaire reçoit une enveloppe anonyme et se met à marcher en direction du métro. À peine s’est-il arrêté sur le quai de la station qu’il explose, semant la mort autour de lui. Très vite, les mises en marche et explosions de ce genre se multiplient à une allure folle. Sam Pollack et Liz McGeary, les deux agents chargés de l’enquête, doivent admettre qu’ils sont confrontés à une attaque terroriste d’une envergure inouïe. Une attaque non revendiquée et d’autant plus difficile à contrer qu’elle transforme des innocents en bombes humaines, faisant d’eux les agents de ce scénario apocalyptique. Tous se sont vu implanter un pacemaker piégé dans les deux dernières années. Tous reçoivent ces fameuses enveloppes kraft et se mettent à marcher. S’ils s’arrêtent, la charge explosive se déclenche, où qu’ils soient, quels que soient leur âge, leur sexe et leur couleur de peau. La cavale sans fin de ceux qu’on appelle les marcheurs de la mort ne fait que commencer.

Editeur: La mécanique générale (coll. Ring noir), 719 pages, date sortie: 26 avril 2018

Sa majesté des ombres – Ghislain Gilberti

Sa majesté des ombres – Ghislain Gilberti

J’ai pris une claque phénoménale !

Je découvre enfin Ghislain Gilberti et je suis sans voix face à son talent fou.  Purée, mais pourquoi ne l’ai je pas lu plus tôt ? J’ai « Le festin du serpent » dans ma PAL depuis au moins deux ans. Entre nous, je crois que j’avais tout simplement peur de sa noirceur. J’ai rencontré l’auteur il y a deux mois à Saint Maur en Poche, il a balayé toutes mes appréhensions en dix minutes.

Sa majesté des ombres est une pure merveille, c’est le premier tome d’une incroyable trilogie qui s’annonce explosive et hautement additive. Trash et magistrale !

Bienvenue en enfer ! L’auteur nous immerge complètement dans un réseau de dealers de la pire espèce qui déploie  leur cartel dans toute l’Europe. Tous les membres portent le même tatouage au poignet Ecce Lex. Quand les dealers sont capturés, ils n’offrent aucune information sur leur patron.

Un récit en deux parties. La première en forme de prologue.  2003, Villa Venezia, la police se prépare pour l’arrestation d’un grand dealer de la région. L’interpellation vire au drame et au carnage, elle se termine dans un bain de sang. L’affaire est classée sans suite.
2010, la commissaire Cécile Sanchez -une flic mentaliste hors du commun, à l’esprit d’analyse implacable- est appelée à Strasbourg pour élucider plusieurs carnages aux modes opératoires similaires.  En étudiant les documents, elle trouve des similitudes avec la Villa Venezia en 2003. Assistée d’une équipe de flics hors norme, elle entame une enquête complexe et dense pour tenter de remonter jusqu’à la tête de ce cartel sanguinaire.  Y parviendra-t-elle ?

Le lecteur est plongé au coeur du mal, dans les rouages d’une enquête aux ramifications multiples. C’est réaliste dans les moindres détails, hyper bien documenté et parfaitement construit. Le rythme de dingue ne nous offre pas une seconde de répit. Les personnages sont bien campés, une mention spéciale pour Cécile Sanchez, une héroïne d’une rare puissance, comme on en croise peu. Les flics, les ripoux, les dealers, les salauds, tous sont travaillés, fouillés, décortiqués jusqu’au tréfonds de leur âme. Nous allons vivre, souffrir, rager, angoisser avec eux de bout en bout jusqu’au final qui nous laissera K.O. debout.

740 pages qu’on dévore en apnée à une vitesse incroyable, sans pouvoir décrocher un instant.
740 pages hallucinantes qui envahiront vos journées et raccourciront vos nuits.
740 pages à couper le souffle, bourrées d’adrénaline, d’action et de rebondissements.
740 pages d’une rare intensité qui décoiffent sec et balaient tout sur leur passage.
740 pages puissantes, noires et violentes qu’on referme à regret, on n’est pas prêt de les oublier !

Le manque se fait déjà sentir et l’attente du deuxième tome sera longue. Je vais patienter en lisant les autres romans de Ghislain Gilberti.

Comment ne pas s’incliner face à un tel talent ?
Amateurs de noir, ne passez surtout pas à côté de ce tourbillon hypnotique, addiction grave garantie !

Je remercie chaleureusement les éditions RING pour leur confiance.

4ème Couverture

Un cartel d’un nouveau genre, invisible et sans pitié.
Une drogue d’une pureté inédite.
Un réseau de dealers sous pression, déployé à travers l’Europe et coupé de la tête de l’organisation.
Un signe commun aux membres du cartel : Ecce Lex, tatoué sur le poignet. Quand des dealers sont capturés, ils se révèlent incapables de livrer le moindre indice sur leur commanditaire… Quand leurs cadavres ne servent pas déjà de bornes kilométriques.
Une légende de la police judiciaire aux dons de mentaliste, Cécile Sanchez, fait face à des tueries aux modes opératoires sans précédent.
Est-il possible de mettre des ombres en cage ? Dans quel enfer devra-t-elle descendre pour faire face au mal absolu ?
Bienvenue dans le Réseau Fantôme.
Entre Braquo et Breaking Bad, Sa Majesté des Ombres ouvre magistralement la nouvelle épopée du thriller hexagonal.

Editeur: RING, 738 pages, date sortie: 8 mars 2018

Bilan lecture – août 2018

Bilan lecture – août 2018

9 livres lus, soit 3508 pages.

Allez, c’est parti pour un résumé de mes lectures. Comme d’habitude, les liens des chroniques se trouvent en bas de page.

La griffe du chat-Sophie Chabanel : Un crime est commis dans un bar à chat lillois, le propriétaire est retrouvé gisant dans une mare de sang.  La chat star du bar, Ruru, a disparu. L’assassin serait il un voleur de chat ? Un polar bien sympathique, sans prise de tête, à lire avec un chat ronronnant sur vos genoux !

Qaanaaq-Mo Malo: Le polar qui vient du Groenland made in France.  Qaanaaq, le polar qui me laisse de glace ! GROSSE déception !

Sauvez-moi-Jacques Expert: raconté à la manière d’un fait divers passionnant, ce n’est pas le meilleur roman de l’auteur. Une mécanique bien huilée, efficace, qui se lit d’une traite mais quelque peu décevante dans l’ensemble.

Déchirez les ombres-Erik L’Homme: Un court récit qu’on lit d’une traite sans reprendre son souffle. C’est intense, tranchant, brutal, percutant, fulgurant, violent, cru. J’ai aimé !

L’embaumeur ou l’odieuse confession de Victor Renard-Isabelle Duquesnoy: COUP DE COEUR ABSOLU !!!
Auteure d’ouvrages historiques et restauratrice d’oeuvres d’art, Isabelle Duquesnoy a effectué dix ans de recherches pour écrire et peaufiner cet extraordinaire roman, sans se soucier de savoir s’il serait publié. Elle a fait de cette obsession son chef-d’oeuvre. De la haute voltige littéraire, une alchimie parfaite entre l’Histoire, le suspense et l’intrigue, la noirceur, le romanesque et le picaresque.

Helena-Jérémy Fel: Premier COUP DE COEUR de la rentrée littéraire. Bluffant, scotchant, terrifiant de bout en bout, Helena frôle la perfection. Un roman coup de poing d’une rare puissance. A lire immédiatement.

Abattez les grands arbres-Christophe Guillaumot: Une intrigue bien ficelée et bien rythmée, en toile de fond: le génocide Rwandais. Un personnage principal, le Kanak, que vous n’oublierez pas de sitôt.  Une belle découverte !

Le miroir des âmes-Nicolas Feuz: Un court roman qu’on lit d’une traite jusqu’au dénouement final explosif. Le rythme effréné vous empêche de poser votre lecture et de reprendre votre souffle, c’est à peine si vous avez le temps de respirer. Mais, j’émets un bémol… la suite dans ma chronique !

La disparition d’Adèle Bedeau-Graeme Macrae Burnet: Une bien belle découverte. Un étrange et curieux roman d’atmosphère qui rend hommage à Simenon et à son inspecteur Maigret. Un brillant exercice littéraire que je vous recommande vivement.

Je vous souhaite à toutes et tous d’excellentes lectures…
Soyez fous et déraisonnables, achetez des livres, beaucoup de livres, prêtez les,
empruntez les, peu importe, mais lisez, lisez, lisez… cela rend heureux !

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La griffe du chat – Sophie Chabanel

Qaanaaq- Mo Malo

Sauvez-moi – Jacques Expert

Déchirer les ombres – Eric L’Homme

L’embaumeur ou l’odieuse confession de Victor Renard – Isabelle Duquesnoy

Helena – Jérémy Fel

Abattez les grands arbres – Christophe Guillaumot

Le miroir des âmes – Nicolas Feuz

La disparition d’Adèle Bedeau – Graeme Macrae Burnet

 

La disparition d’Adèle Bedeau – Graeme Macrae Burnet

La disparition d’Adèle Bedeau – Graeme Macrae Burnet

Une bien belle découverte…

Un étrange et curieux roman d’atmosphère qui rend hommage à Simenon et à son inspecteur Maigret.

Nous sommes à Saint Louis en Alsace, une petite ville terne où il règne un ennui profond, comme si le temps s’était arrêté. Manfred, le directeur de banque est un solitaire, mal à l’aise avec les autres, maniaque et routinier, sa vie est entièrement réglée, faite d’habitudes, d’une monotonie effrayante.  Il déjeune chaque jour au restaurant de la cloche et il y passe ses soirées à boire en lorgnant la séduisante serveuse Adèle.  Un soir, celle ci disparait sans laisser de traces. L’inspecteur Gorski, chargé de l’affaire, est hanté depuis 20 ans par l’une de ses premières enquêtes qu’il n’a pu résoudre, l’assassinat d’une jeune adolescente. Manfred devient vite un suspect potentiel, il perd pied, s’enfonce dans la paranoïa et se voit obligé d’affronter le grand secret de son passé.

Loin des thrillers sensationnalistes, ce récit au charme suranné oscille entre passé et présent et nous tient sans cesse en haleine en insufflant une tension perceptible à chaque page. Un thriller psychologique captivant malgré une certaine lenteur, la plongée dans les rouages de l’esprit des deux protagonistes et le jeu entre eux nous absorbe complètement. Leur relation complexe est fascinante et troublante. La tension monte d’un cran dans la seconde partie, le rythme s’accélère un peu jusqu’au final subtil et inattendu.

Graeme Macrae Burnet joue avec ses lecteurs en brouillant les pistes dès le prologue du roman, il nous fait croire que celui-ci a été adapté au cinéma par Chabrol. Je vous avoue m’être creusée le ciboulot, j’ai presque failli tomber dans le panneau.

Un brillant exercice littéraire que je vous recommande vivement.

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine pour leur confiance.

4ème Couverture

Manfred Baumann est un solitaire. Timide, inadapté, secret, il passe ses soirées à boire seul, en observant Adèle Bedeau, la jolie serveuse du bar de cette petite ville alsacienne très ordinaire.
Georges Gorski est un policier qui se confond avec la grisaille de la ville. S’il a eu de l’ambition, celle-ci s’est envolée il y a bien longtemps. Peut-être le jour où il a échoué à résoudre une de ses toutes premières enquêtes criminelles, qui depuis ne cesse de l’obséder.
Lorsque Adèle disparaît, Baumann devient le principal suspect de Gorski. Un étrange jeu se met alors en place entre les deux hommes.

Editeur: Sonatine, 283 pages, date sortie: 30 août 2018