L’embaumeur ou l’odieuse confession de Victor Renard – Isabelle Duquesnoy

L’embaumeur ou l’odieuse confession de Victor Renard – Isabelle Duquesnoy

COUP DE COEUR

Attention… chef d’oeuvre !

Auteure d’ouvrages historiques et restauratrice d’oeuvres d’art, Isabelle Duquesnoy a effectué dix ans de recherches pour écrire et peaufiner cet extraordinaire roman, sans se soucier de savoir s’il serait publié. Elle a fait de cette obsession son chef-d’oeuvre.

Nous sommes à Paris, fin du 18è siècle, dans la France post-révolutionnaire. Victor Renard a commis un crime (il nous sera révélé dans les toutes dernières pages), il comparait face à ses juges et risque la guillotine. Espérant gagner un peu de temps, il nous raconte sa triste vie durant ses onze jours d’audience. Il va nous tenir en haleine avec son horrible confession. Quelle histoire !

Mal parti depuis sa naissance, son cordon ombilical a tué son frère jumeau, il est né petit, difforme, laid et affligé d’un torticolis congénital. Sa mère, La Pâqueline, une mégère cruelle, lui en veut de vivre et le surnomme Victordu. Son père meurt très vite, éventré par une charrue.  Victor va devoir travailler pour ramener de l’argent sur la table. Une vie de misère et de magouilles jusqu’à ce que le destin tourne. Le vieux Joulia, l’embaumeur le plus réputé de Paris, va le prendre à son service, lui enseigner les rudiments de la profession, le respect de la dignité des morts. Un deuxième père qui le prend sous son aile, le protège et l’initie aux plus sombres secrets. Victor est doué et apprend vite. Il découvre les pratiques commerciales autour de la mort, les coeurs embaumés que les peintres achètent à prix d’or, les trafics d’organes, la profanation des tombes.  Il a enfin trouvé sa vocation !

Si vous avez aimé Le parfum de Süskind, ruez vous sur L’embaumeur. Certes, les histoires sont différentes, mais les deux personnages d’une force incroyable, Victor Renard et Jean Baptiste Grenouille, l’ambiance, la reconstitution historique du Paris populaire, l’importance des odeurs les rapprochent fort.

Un roman magnifique, original, drôle, un récit infiniment érudit, une fresque hors norme d’une époque, un suspense historique fascinant, envoûtant et hypnotisant.
J’ai dévoré ce bouquin (ou est-ce l’inverse ?) en deux jours, addiction garantie. Un immense plaisir de lecture, une vraie jouissance ! Je le relirai dans quelques mois pour la jubilation qu’il procure.

Dix ans de recherches et de documentation pour nous plonger dans le Paris fin XVIII siècle avec réalisme et exactitude. Un tour de force, ça fourmille et ça grouille de détails sur les us et coutumes, les moeurs et la vie quotidienne de l’époque, l’art, les techniques peu ragoûtantes d’embaumement, la médecine et ses diagnostics.

De la haute voltige littéraire, une alchimie parfaite entre l’Histoire, le suspense et l’intrigue, la noirceur, le romanesque et le picaresque.

La plume aiguisée comme un scalpel d’Isabelle Duquesnoy mélange savamment les descriptions et envolées littéraires aux dialogues rabelaisiens, truculents et pleins de gouaille. L’immense plaisir d’écriture de l’auteure transparait à chaque page.

Un bijou rare et unique dont aucun média n’a parlé, c’est bien dommage.
Ne passez pas à côté de cette incroyable histoire… Un pur bonheur de lecture !

Il y a quelques semaines, j’ai eu la chance de rencontrer Isabelle Duquesnoy à Saint Maur en poche, je la remercie pour sa générosité et le beau moment partagé.

4ème Couverture

Victor Renard n’eut jamais de chance avec les femmes. À commencer par sa mère, l’épouvantable Pâqueline, qui lui reprochait d’être venu au monde en étranglant son frère jumeau de son cordon ombilical. Puis ce fut Angélique, la prostituée, qui se moquait des déclarations enflammées de Victor et de sa difformité, comme de sa  » demi-molle « .
Victor échappe pourtant à sa condition misérable : il devient embaumeur. Avec les cadavres, au moins, le voilà reconnu. Et en ces temps troublés, quelle meilleure situation ? Les morts, après la Révolution, ne manquent pas dans Paris…
Mais le sort le rattrape et l’épingle, comme le papillon sur l’étaloir. Face à ses juges et à la menace de la guillotine, Victor révèle tout : ses penchants amoureux, les pratiques millénaires de la médecine des morts, le commerce des organes et les secrets de sa fortune. Où l’on découvrira que certains tableaux de nos musées sont peints avec le sang des rois de France…

Editeur: La Martinière, 528 pages, date sortie: 17 août 2017 (sorti en poche chez Points, 7 juin 2018)