Organigramme – Jacques Pons

Organigramme – Jacques Pons

Un premier roman qui explore les coulisses de la mode. Bien loin des défilés, strass et paillettes qui font rêver les foules. Nous sommes plongés dans le monde du travail, au coeur d’une entreprise de luxe, La maison Louis Laigneau.
Jacques Pons dépeint à merveille l’univers impitoyable d’un système qui ne pense qu’aux chiffres, aux actionnaires et à la compétition, au détriment de l’humain.
Bienvenue en enfer, tout y est permis: les conf call à n’importe quelle heure, le pouvoir et ses chantages, les coups bas, les hypocrisies, les jalousies, les cadences de dingue et j’en passe. Les tensions, les petages de plomb, les burn out se multiplient, mais qu’importe la souffrance, après tout… les employés sont des rouages interchangeables.

Et au milieu de tout ce stress… un tueur !
Une première exécution, suivie de disparitions, de suicides et autres bizarreries. Ah c’est sûr, il a la haine. Mais qui veut se venger ?  Et pourquoi ? Le doute, la peur et la paranoïa s’installent, tout le monde en vient à se soupçonner, à se regarder bizarrement du coin de l’oeil, les cadavres s’accumulent et l’ambiance devient carrément invivable.

Les chapitres courts, le rythme enlevé, les nombreux rebondissements, les alternances entre l’enquête et les pensées du tueur et son plan machiavélique nous immergent complètement. L’auteur a eu l’excellente idée de placer le  lecteur au centre du puzzle, il mène l’enquête en tournant les pages de plus en plus vite, il cherche en comptant les morts, il s’égarera plus d’une fois avant de connaitre le fin mot de l’histoire.

Une belle réussite pour un premier roman mais ce n’est assurément pas un coup de coeur.  Je vous avoue que je suis restée un peu hermétique à cette histoire et n’ai pas ressenti beaucoup d’empathie pour les nombreux personnages.  Ceci n’est bien sûr que mon humble ressenti personnel. Voyez par vous-même !

Je remercie chaleureusement les éditions Hugo Thriller pour leur confiance.

4ème Couverture

La vision sans exécution n’est qu’hallucination.
Telle est la devise du célèbre patron de la Maison Louis Laigneau, fleuron du luxe français. Martelée en chaque occasion, de séminaires de créativité entre beautiful people en conference calls des membres du CoDir, elle va également devenir celle d’un tueur dont le seul but est d’anéantir de façon brutale, méthodique et cruelle l’intégralité de l’entreprise et de ses salariés. Quelles sont ses motivations ? Quelles sont réellement ses cibles? Pourquoi un tel déferlement de haine froide ?Une chose est sûre: rien ni personne ne sera épargné dans la réalisation de ce mortel projet.

Editeur: Hugo Thriller, 379 pages, date sortie: 20 septembre 2018

Le douzième chapitre – Jérôme Loubry

Le douzième chapitre – Jérôme Loubry

Quand le passé vous rattrape…

Il y a tout juste un an, Jérôme Loubry s’est fait remarquer avec un brillant premier roman Les chiens de Détroit , un beau coup de coeur pour moi. J’avais écrit dans ma chronique « Jérôme Loubry… de la graine de géant » .  Il nous le prouve totalement avec Le douzième chapitre. Pas évident de négocier le deuxième virage en sachant que le public vous attend au tournant. Pari réussi ! L’auteur confirme son grand talent, il nous surprend et se renouvelle.

Changement de décor, changement d’ambiance dans cette histoire magnifiquement construite mêlant deux époques, le présent et 1986. L’été 1986, deux enfants de douze ans vivent un drame durant leurs vacances en Vendée. Leur amie Julie disparait brutalement. Ils n’en parleront jamais. Devenus adultes, l’un est écrivain, l’autre éditeur, ils reçoivent tous deux un étrange manuscrit relatant une partie des événements du fameux été, le douzième chapitre est différent pour chacun. Qui veut réveiller cette histoire ? Les anciennes blessures s’ouvrent et David entame une quête pour faire la lumière sur ce passé resurgissant brutalement.  Une véritable obsession pour lui, il est prêt à exhumer ses souvenirs, peu importe le prix, il veut déchiffrer le dernier chapitre.

Nous sommes immédiatement happés et envoûtés par ce mystère qui plonge ses racines trente ans en arrière. Jérôme Loubry a un don particulier pour créer des ambiances captivantes et angoissantes, le livre se dévore quasi d’une traite,  tellement curieux de connaitre le mot de la fin.

Parallèlement à la merveilleuse intrigue, le récit revisite l’enfance avec beaucoup de sensibilité, de tendresse et une certaine nostalgie, il nous interroge sur l’amitié, les premiers émois, l’insouciance, la perte de l’innocence, les secrets et les promesses tenues.

L’auteur nous manipule, il sème des indices, nous les suivons pas à pas, il brouille les pistes, nous nous égarons en émettant des hypothèses, la tension monte en puissance, les émotions affleurent dans tous les sens, nous sommes en haleine jusqu’aux toutes dernières pages et là … nous nous prenons l’éblouissant final en pleine face.

Du grand art monsieur Jérôme Loubry !

Je remercie chaleureusement les éditions Calmann Lévy pour leur confiance.

 

4ème Couverture

Été 1986. David et Samuel ont 12 ans. Comme chaque année, ils séjournent au bord de l’océan, dans le centre de vacances appartenant à l’employeur de leurs parents. Ils font la connaissance de Julie, une fillette de leur âge, et les trois enfants deviennent inséparables. Mais une ombre plane sur la station balnéaire et les adultes deviennent de plus en plus mystérieux et taciturnes. Puis alors que la semaine se termine, Julie disparaît.
30 ans plus tard, David est devenu écrivain, Samuel est son éditeur. Depuis le drame, ils n’ont jamais reparlé de Julie. Un jour, chacun reçoit une enveloppe. À l’intérieur, un manuscrit énigmatique relate les évènements de cet été tragique, apportant un tout nouvel éclairage sur l’affaire.

Editeur: Calmann Lévy Noir, 320 pages, date sortie: 5 septembre 2018

Bilan lecture – septembre 2018

Bilan lecture – septembre 2018

10 livres lus, soit 4693 pages.

Waouh, je n’en reviens toujours pas ! Quel exceptionnel et extraordinaire mois lecture !

Un bilan plus que réjouissant !!!  Imaginez… J’ai commencé le mois avec deux énormes coups de coeur.  J’ai poursuivi avec deux très belles découvertes, suivies de deux déceptions. Bah oui, même si je choisis de mieux en mieux mes lectures, c’est pas gagné à chaque fois. Ensuite, boum boum ! deux nouveaux coups de coeur. Et je termine le mois avec la confirmation d’un talent que je suis depuis ses débuts et une très belle découverte.
Si je compte bien, 2 + 2 = 4 coups de coeur pour 4 auteurs que je ne connaissais pas, j’en jubile encore !!!
Alors, elle est pas belle la vie d’une serial lectrice ?

Allez, c’est parti pour un résumé de mes lectures. Comme d’habitude, les liens des chroniques se trouvent en bas de page.

Sa majesté les ombres – Ghislain Gilberti : COUP DE COEUR !
740 pages qu’on dévore en apnée à une vitesse incroyable, sans pouvoir décrocher un instant.
740 pages hallucinantes qui envahiront vos journées et raccourciront vos nuits.
740 pages à couper le souffle, bourrées d’adrénaline, d’action et de rebondissements.
740 pages d’une rare intensité qui décoiffent sec et balaient tout sur leur passage.
740 pages puissantes, noires et violentes qu’on referme à regret, on n’est pas prêt de les oublier !

Les marcheurs – Frédéric Mars : COUP DE COEUR !
Un thriller brillant et intelligent. Un parfait mélange entre Politique, Enquête et Emotion.
Un thriller qu’on ne lit pas, on le vit à 100% le coeur au bord de l’explosion !

Moi, témoin – Niki Mackay : La surprise que je n’attendais pas. Un thriller psychologique qui m’a embarquée complètement, lu d’une traite. Une belle réussite pour ce premier roman très prenant.

Parfois c’est le diable qui vous sauve de l’enfer – Jean-Paul Chaumeil : Le roman s’inscrit dans une actualité sensible mais se démarque de tous les autres abordant la radicalisation. L’auteur ose le pari risqué d’explorer l’autre face du terrorisme, la face cachée dont on parle si peu, les groupuscules d’extrême droite qui veulent plonger la France démocratique dans le chaos. Tout aussi terrifiant que l’extrémisme islamique. Excellent !

La rivière de l’oubli – Cai Jun : L’histoire est longue, très dense, elle se déroule sur vingt ans. Si elle démarre rapidement, elle est loin d’être linéaire, elle va et vient dans le temps sans aucune logique. L’enquête est très originale mais complexe et assez difficile à suivre. Le lecteur s’embrouille, il doit s’accrocher pour suivre la pensée « zigzagante » de l’auteur et les nombreux personnages. Pour les amoureux de la culture chinoise !

Délicieuse – Marie Neuser : Un roman inclassable entre le roman d’amour, la tragédie grecque et le thriller psychologique, un brillant exercice littéraire, un roman original, une plume exceptionnelle mais j’ai eu beaucoup de mal à m’accrocher à ce texte. C’est long, très long, un long monologue de 480 pages. Un roman qui fera le bonheur des psychanalystes, j’en suis certaine.

Dégradation – Benjamin Myers : COUP DE COEUR !
Un roman exceptionnel.  Les éditions du Seuil ont déniché une pépite noire. Un terrible roman … noir, macabre et décadent. Les vrais amateurs de noir vont l’adorer.

Sur le toit de l’enfer – Ilaria Tuti : COUP DE COEUR !
Un incroyable premier roman qui possède ce petit quelque chose de plus que les autres. Un thriller d’atmosphère d’une maîtrise impressionnante, comme si Ilaria Tuti était née avec une plume en or en main. Sur le toit de l’enfer possède ce supplément d’âme que j’aime tant. J’ai adoré la sensibilité toute particulière de l’auteure. Retenez bien son nom, elle va faire beaucoup de bruit dans les prochaines années.

Torrents – Christian Carayon : L’intrigue criminelle en toile de fond n’est qu’un prétexte pour aborder les thèmes chers à l’auteur : la famille, ses secrets et leur poids, les non-dits et leurs conséquences, l’enfance, ses blessures et ses rêves. La grande Histoire et ses liens avec nos petites vies, la collaboration et la résistance durant la seconde guerre, ses plaies et ses cicatrices, les horreurs commises en toute impunité à la libération.

La coupure – Fiona Barton : Un excellent thriller psychologique. L’histoire de trois femmes liées par un secret. Un entrefilet dans un journal va bouleverser la vie de ces trois femmes. Il relate la découverte d’un squelette de bébé sur un chantier, probablement enterré là depuis les années 80.

Je vous souhaite à toutes et tous d’excellentes lectures…
Soyez fous et déraisonnables, achetez des livres, beaucoup de livres, prêtez les,
empruntez les, peu importe, mais lisez, lisez, lisez… cela rend heureux !

Cliquez sur les titres pour lire les chroniques entières

Sa majesté des ombres – Ghislain Gilberti

Les marcheurs – Frédéric Mars

Moi, témoin – Niki Mackay

Parfois c’est le diable qui vous sauve de l’enfer – Jean-Paul Chaumeil

La rivière de l’oubli – Cai Jun

Délicieuse – Marie Neuser

Dégradation – Benjamin Myers

Sur le toit de l’enfer – Ilaria Tuti

Torrents – Christian Carayon

La coupure – Fiona Barton

 

La coupure – Fiona Barton

La coupure – Fiona Barton

Un excellent thriller psychologique !

Je découvre enfin Fiona Barton avec son deuxième roman. Et je dois vous dire que c’est une très belle surprise pour moi.

La coupure, c’est l’histoire de trois femmes en souffrance liées par un secret.

Kate, une journaliste qui a peur d’être mise au placard, prête à tout pour dénicher le scoop.
Emma, une éditrice free lance qui traine un gros problème psychologique et un lourd secret.
Angela, elle n’arrive pas à faire le deuil de son bébé enlevé à la maternité dans les années 70.

Un entrefilet dans un journal va bouleverser la vie de ces trois femmes. Il relate la découverte d’un squelette de bébé sur un chantier, probablement enterré là depuis les années 80.

Kate flaire le bon papier,  elle décide de mener l’enquête, déterminée à identifier le bébé.  Les blessures d’Angela se rouvrent, son douloureux passé ressurgit et la submerge, elle se demande s’il s’agit des restes de son bébé. Emma a beaucoup de mal à contenir son secret, il remonte petit à petit à la surface en ouvrant des portes qu’elle croyait fermées.

L’histoire démarre lentement, l’auteure prend son temps pour installer l’ambiance, touche après touche. Des éléments sans lien apparent entre eux pourraient dérouter certains lecteurs au début. Rassurez-vous, toutes ces histoires vont s’entremêler à merveille pour composer un magnifique puzzle.

L’une après l’autre, les trois femmes vont dérouler leurs vies… les failles, les douleurs, les doutes, les remords, les angoisses, les mensonges. Nous les suivrons dans leurs souvenirs à différentes époques et c’est fort émouvant.
J’ai eu une énorme empathie pour ces femmes, je les ai ressenties de l’intérieur avec beaucoup d’émotions. Fiona Barton les étudie en profondeur, comme si elle était dans leur peau et nous offre de très beaux portraits, fouillés, précis, subtils. Elle décrit aussi tellement bien les relations mère-fille, la maternité et le sentiment d’être mère.

Je vous avoue avoir été complètement happée dès les premières pages, j’ai beaucoup aimé l’ambiance et les longueurs ne m’ont nullement gênée. (Je le dis souvent, il y a les longueurs inutiles qui m’ennuient et celles qui apportent quelque chose au récit !).
Curieuse du dénouement de l’histoire, je n’ai pas pu lâcher ma lecture en cours de route. J’ai eu l’impression de mener l’enquête avec Kate, de deviner, de tout comprendre… pour réaliser que j’étais complètement à côté de la plaque, que je partais sur une fausse piste. Dans la deuxième moitié, la tension monte crescendo, l’enquête prend de la vitesse, je vais de surprises en révélations jusqu’au twist final bouleversant.

A découvrir absolument !

Je remercie chaleureusement les éditions Fleuve pour leur confiance.

4ème Couverture

Quand quelques lignes en bas de la colonne des brèves révèlent la découverte d’un squelette de bébé sur un chantier de la banlieue de Londres, la plupart des lecteurs n’y prêtent guère attention. Mais pour trois femmes, cette nouvelle devient impossible à ignorer.
Angela revit à travers elle le pire moment de son existence : quarante ans auparavant, on lui a dérobé sa fille à la maternité. Depuis, elle cherche des réponses.
Pour Emma, jeune éditrice en free lance, c’est le début de la descente aux enfers, car ce fait divers risque fort de mettre son secret le plus noir à jour et de détruire sa vie à jamais.
Quant à Kate, journaliste de renom et avide d’une bonne story, elle flaire là le premier indice d’une affaire qui pourrait bien lui coûter quelques nuits blanches.
Car toutes les histoires ne sont pas bonnes à être publiées… Encore moins quand elles font resurgir des vérités que personne ne souhaite connaître.

Editeur: Fleuve (coll. Fleuve noir), 480 pages, date sortie: 13 septembre 2018

Torrents – Christian Carayon

Torrents – Christian Carayon

J’ai beaucoup aimé les deux premiers romans de Christian Carayon « Le diable sur les épaules » et « Un souffle une ombre », c’est avec une certaine excitation que je me suis plongée dans son dernier opus.

Des morceaux de cadavres sont retrouvés dans une rivière au coeur d’un petit village. Ce sont les corps de deux jeunes femmes disparues depuis longtemps. Dénoncé par sa fille, Pierre Neyrat, un chirurgien à la retraite est arrêté. Les rumeurs et jugements se répandent dans le hameau. Son fils, François, s’effondre. Une des victimes est sa  petite amie disparue sans laisser de trace. Il ne croit pas en la culpabilité de son père, c’est impossible, comment pourrait-il être le « dépeceur de Fontmile » ? Il part à la recherche de la vérité, il va reconstruire l’histoire familiale pour faire la lumière sur le passé mystérieux de son père si taiseux. Dans son enquête, il sera aidé par Camus, l’ami intime de la famille, considéré comme un oncle.

Un récit en quatre parties, chacune étant racontée par un protagoniste différent. Le lecteur naviguera sans cesse entre présent et passé dans cette histoire familiale. L’intrigue criminelle en toile de fond n’est qu’un prétexte pour aborder les thèmes chers à l’auteur : la famille, ses secrets et leur poids, les non-dits et leurs conséquences, l’enfance, ses blessures et ses rêves. La grande Histoire et ses liens avec nos petites vies, la collaboration et la résistance durant la seconde guerre, ses plaies et ses cicatrices, les horreurs commises en toute impunité à la libération.

Le rythme est assez lent, mais l’alternance des époques, l’atmosphère étouffante, les personnages touchants, les questions importantes soulevées et la magnifique plume de Christian Carayon hypnotisent et passionnent le lecteur jusqu’à l’étonnant dénouement.

Une lecture que je vous recommande vivement.

Je remercie chaleureusement les éditions Fleuve pour leur confiance.

4ème Couverture

Le courant emporte tout sur son passage. Sauf les secrets les plus inavouables.
1984. Des morceaux de corps humains sont découverts dans une rivière qui dévale vers la ville de Fontmile. On finit par identifier deux victimes, deux femmes portées disparues depuis longtemps. La peur et l’incompréhension s’emparent des habitants, jusqu’à l’arrestation de Pierre Neyrat, un chirurgien à la retraite. Ce dernier connaissait une des victimes, l’amie intime de son fils. Il a les compétences pour démembrer ainsi les cadavres et un passé trouble. Mais surtout, il a été dénoncé par sa propre fille.
Bouleversé par ces évènements qui réveillent la douleur de la perte de la femme de sa vie et font imploser sa famille, son fils François décide alors de remonter le cours de l’histoire. Car derrière les silences, ce sont les violences de l’Occupation que Pierre Neyrat a tenté d’oublier. Mettant ses pas dans ceux de son père, François va reconstituer ce passé dont il ignorait tout, où se sont noués les fils fragiles de son existence. Deux époques, deux enquêtes, pour un polar mené de main de maître.

Editeur: Fleuve (coll. Fleuve noir), 336 pages, date sortie: 6 septembre 2018

Délicieuse – Marie Neuser

Délicieuse – Marie Neuser

Une lecture très mitigée….

Après vingt ans de mariage et d’amour, le mari de Martha lui annonce « Martha, il faut que je te parle… ». Les mots terribles que personne n’a envie d’entendre… Quoi de plus tragique, quoi de plus banal qu’une séparation ?
Vingt ans d’amour qui volent en éclat. Martha refuse la rupture, elle est prête à tout pour continuer d’exister, pour que son homme lui revienne. Elle va se filmer entrain de parler à son mari, elle veut que tout le monde entende sa confession, elle crie sa douleur et la partage sur le réseaux sociaux.

Une première partie d’une force incroyable. Des mots qui tordent les tripes. Le long monologue, la confession très bavarde et impudique d’une femme qui sombre, une femme atteinte au plus profond de son âme, un cri d’amour, une mise à nu d’elle même, une immersion totale dans la douleur, une plongée vers la folie. Une femme blessée et humiliée, une  femme en colère qui nous épargne rien.

Hélas, le soufflé retombe dans la deuxième partie. C’est lent, c’est long, Martha continue à geindre durant 300 pages. Le choix du monologue n’aide pas le lecteur. Je crois que j’ai saturé, je me suis ennuyée, j’ai même failli abandonner ma lecture, ne ressentant aucune empathie pour Martha. La tension chute de plus en plus pour remonter dans les cent dernières pages totalement jouissives, un final que j’ai adoré !

Un roman inclassable entre le roman d’amour, la tragédie grecque et le thriller psychologique, un brillant exercice littéraire, un roman original, une plume exceptionnelle mais j’ai eu beaucoup de mal à m’accrocher à ce trop long texte. Un roman qui fera le bonheur des psychanalystes, j’en suis certaine.

Je remercie chaleureusement les éditions Fleuve pour leur confiance.  Une mention spéciale pour la magnifique couverture.

4ème Couverture

L’histoire commence ainsi : une femme parle à l’homme qu’elle aime.
Devant elle : les restes d’un repas.
Plutôt que le papier, elle a choisi l’écran.
À l’intimité d’une lettre, elle a préféré la vidéo et la multitude des réseaux sociaux.
Cette femme, c’est Martha Delombre, psychologue criminelle habituée aux confessions les plus abominables.
C’est désormais à son tour de se confesser. L’impudeur ? Peu lui importe, car tout le monde doit savoir. À commencer par lui. Le traître.
Peut-on dire adieu à vingt ans d’amour fou en succombant à la première inconnue qui passe ? C’est ce qu’il croyait. Au rythme des likes et des partages, traquant la fréquence des connexions, scrutant le pouls des commentaires, Martha la ténébreuse se montrera prête à tout pour continuer d’exister sans baisser la garde, jusqu’au point de rupture. Celui qu’on n’attendait pas et qui a le pouvoir de redistribuer les cartes.

Editeur: Fleuve noir, 480 pages, date sortie: 23 août 2018

La rivière de l’oubli – Cai Jun

La rivière de l’oubli – Cai Jun

Dépaysement garanti !

Surnommé le « Stephen King chinois », Cai Jun a 40 ans. Ses romans se sont vendus à plus de 13 millions d’exemplaires. Très attirée par la culture chinoise, je ne pouvais passer à côté de cette découverte.

Shen Ming, jeune et brillant professeur est suspecté d’avoir assassiné une lycéenne, morte empoisonnée par une nuit de juin 1995. Quelques jours plus tard, il est retrouvé poignardé près de l’école. Son meurtre suit celui du censeur du lycée. La police n’y comprend rien et ne réussit pas à élucider ces trois meurtres sans lien apparent entre eux. Neuf ans plus tard, le mystère reste entier. Un gamin précoce du nom de Si Wang semble être la réincarnation de Shen Ming revenu résoudre le mystère de sa mort. Ses présumés meurtriers sont envoyés, un à un, ad patres. Aurait il traversé la rivière de l’oubli pour se réincarner et obtenir sa vengeance ?

La réincarnation occupe une place importante dans ce thriller qui nous fait voyager dans la Chine communiste. Nous découvrons une culture, des croyances, des traditions et coutumes si différentes des nôtres. Le récit est truffé de références, de citations poétique et littéraires chinoises.

Ceux qui ne sont pas familiers de la culture chinoise rencontreront peut être quelques difficultés pour entrer dans l’histoire et risquent d’être déstabilisés par l’impressionnante galerie de personnages et autant de noms compliqués qui se ressemblent tous (un lexique en début d’ouvrage permet au lecteur de s’y retrouver). Ils devront aussi s’habituer au tutoiement utilisé en Chine, quelque soit l’âge ou le statut de personnes.

L’histoire est longue, très dense, elle se déroule sur vingt ans, de 1995 à 2014 (avec un flash back en 1983).  Si elle démarre rapidement, elle est loin d’être linéaire, elle va et vient dans le temps sans aucune logique.
L’enquête est très originale mais complexe et assez difficile à suivre. Le lecteur s’embrouille, il doit s’accrocher pour suivre la pensée « zigzagante » de l’auteur et les nombreux personnages. Heureusement, chaque chapitre débute par une date et  l’âge des personnages est souvent rappelé pour que le lecteur ne perde pas complètement le fil.

J’émettrai un gros bémol, hélas ! Les nombreuses répétitions et longueurs finissent par lasser (ou perdre)  le lecteur dans la seconde moitié du récit, difficile de rester sous tension et en haleine durant 484 pages quand on se perd dans les ramifications et les détails, il faudra beaucoup de patience pour arriver aux surprenantes révélations finales.

Les amoureux de la culture chinoise se régaleront. Les autres, les curieux qui tenteront l’aventure découvriront un pays, une culture, une ambiance… un voyage intéressant malgré le gros bémol.

Je remercie chaleureusement les éditions XO pour leur confiance.

4ème Couverture

Chine du Nord, juin 1995.
Shen Ming, jeune et brillant professeur, est suspecté d’avoir assassiné une lycéenne.
Quelques jours après, il est poignardé près de l’école, dans une usine désaffectée.

Neuf ans plus tard, le mystère s’épaissit.
Les présumés meurtriers du professeur sont envoyés, eux aussi, au royaume des morts.
La rumeur se répand alors : et si Shen Ming avait traversé la rivière de l’Oubli pour se réincarner et se venger ?

Editeur: XO, 484 pages, date sortie: 13 septembre 2018

Parfois c’est le diable qui vous sauve de l’enfer – Jean-Paul Chaumeil

Parfois c’est le diable qui vous sauve de l’enfer – Jean-Paul Chaumeil

Une sacrée belle découverte !

Boris a perdu sa femme dans les attentats de New York le 11 septembre 2001, il survit miraculeusement.  Rongé par la culpabilité et le chagrin, il sombre dans la dépression et n’est plus capable de s’occuper de sa fille Julia, il la confie à sa belle soeur et part combattre les talibans en Afghanistan pour calmer sa haine.  Quinze ans plus tard, il vit à Bordeaux où il est enquêteur privé.  Une nuit, il intervient dans une bagarre, un groupe d’extrémistes s’en prend à des homosexuels.  Durant la bagarre, un homme est jeté d’un balcon, il meurt en s’écrasant au sol. C’était un policier en infiltration. Grâce à ses contacts dans la police, Boris visionne la vidéo de la bagarre. Le responsable du meurtre est un certain Wolf, leader au Groupe Identitaire d’ultra droite. A ses côtés, Boris aperçoit sa fille Julia qui semble faire partie du groupe.
Sa fille Julia, petite fille d’anarchistes catalans,  a choisi la radicalisation d’extrême droite, la voie de la haine et de la colère, la voie de la vengeance envers ceux qu’elle juge responsable de la mort de sa mère. Boris se promet de tuer Wolf et de sauver sa fille. Il entame une impitoyable chasse à l’homme, aidé de Manuel, le colombien qui a combattu dans les Farc et Carole, une journaliste gauchiste. Il est prêt à tout, même à mourir, pour sauver sa fille et la ramener à la raison.

Le roman s’inscrit dans une actualité sensible mais se démarque de tous les autres abordant la radicalisation. Jean-Paul Chaumeil ose le pari risqué d’explorer l’autre face du terrorisme, la face cachée dont on parle si peu, les groupuscules d’extrême droite qui veulent plonger la France démocratique dans le chaos. Tout aussi terrifiant que l’extrémisme islamique.

Un roman de société qui pose des questions pertinentes.  Et un magnifique roman d’amour. L’amour d’un père désespéré en quête de rédemption, la souffrance et la culpabilité d’un père cherchant à tout prix le pardon de sa fille.

J’ai adoré la plume de l’auteur, des coups de bistouris qui t’arrachent les tripes.

Noir, extrêmement noir. Un roman dur et puissant. Une violence qui donne froid dans le dos. Le final est bouleversant, on n’en sort pas indemne.  A découvrir absolument !

Je remercie chaleureusement les éditions Rouergue pour leur confiance.

4ème Couverture

La femme de Boris est morte à New York, le 11 septembre 2001. Aujourd’hui, revenu de ses vengeances qui l’ont mené combattre les talibans en Afghanistan, il vit sur la dalle de Mériadeck, à Bordeaux, où il est enquêteur privé. Une nuit, alors qu’il intervient dans une ratonnade anti-homos, un homme est jeté dans le vide. C’était un flic, il infiltrait un mouvement d’extrême droite préparant un attentat. Or, sur une vidéo clandestine, aux côtés du leader du Groupe Identitaire, Boris reconnaît sa fille Julia. Julia à qui il n’aura transmis, en définitive, que la force de sa haine. Et qui est, selon les rapports du renseignement, « en voie de radicalisation violente ». Dans un Bordeaux envoûtant et électrique, arpenté par des sentinelles, où défilent les manifestants contre la loi travail et où veillent les partisans des Nuit debout, Boris va tenter de prendre la police de vitesse. S’il n’a pas su élever sa fille, du moins croit-il pouvoir la sauver. Sur la face cachée de l’ultra droite, Jean-Paul Chaumeil jette un ancien mercenaire, père défaillant mais protecteur, et une poignée de flics qui tentent de ne perdre ni leur âme ni leur conscience dans une France sous la menace de tous les terrorismes.

Editeur: Rouergue, 272 pages, date sortie: 5 septembre 2018

Moi, témoin – Niki Mackay

Moi, témoin – Niki Mackay

La surprise que je n’attendais pas …

Kate Reynolds a 24 ans, elle vient de purger une peine de six ans, reconnue coupable d’avoir poignardé et tué sa meilleure amie. Ce soir là, elle avait beaucoup bu, elle ne se souvient de rien, elle a avoué. Mais six ans plus tard, dès sa sortie de prison, quelques vagues souvenirs émergent. Persuadée d’être innocente, elle engage Madison  Attallee, une ex flic devenue détective privée, pour reprendre l’enquête bâclée à l’époque.

Un thriller psychologique qui m’a embarquée complètement, lu d’une traite, commencé dans la soirée, je l’ai terminé tard dans la nuit. Un roman choral très prenant, les quatre voix alternent sans cesse donnant un rythme enlevé à la lecture. Les chapitres sont très courts, les rebondissements multiples, la tension omniprésente et le suspense entier jusqu’à la fin. Cerise sur le gâteau, c’est bien écrit ! Bien sûr, le lecteur devine certaines choses, mais Niki Mackay a l’art de nous mener en bateau sur de fausses pistes. L’air de rien, elle aborde beaucoup de thèmes très finement : la maladie mentale, la manipulation, l’alcoolisme, la maternité, la violence conjugale, les secrets de famille.

L’intrigue de départ est plutôt classique et obéit aux codes du genre, mais elle nous réserve de belles surprises. Une mention spéciale pour le personnage de la détective Madison, divorcée, ex flic, ex alcoolique qui a perdu la garde de sa fille, elle n’a pas sa langue en poche, un sacré caractère, forte, fragile, vulnérable. Une héroïne que je suivrai avec plaisir si la série se poursuit.

Un premier roman très réussi et une auteure à surveiller de près.

Je remercie chaleureusement les éditions Marabout pour leur confiance.

4ème Couverture

« Ils disent que je suis une meurtrière. J’ai plaidé coupable. Mais la vérité, c’est que je n’ai rien fait… » Il y a six ans, Kate Reynolds a été retrouvée tenant dans ses bras le corps de sa meilleure amie, couverte de sang, l’arme du crime à ses côtés. Elle a depuis purgé sa peine de prison et retrouvé la liberté. Décidée à laver son nom, elle engage une détective privée, Madison Attallee, qui n’est autre que l’officier de police qui l’a découverte sur la scène de crime. Convaincue de la culpabilité de Kate, Madison accepte l’affaire à reculons. Elle s’aperçoit vite que les circonstances du meurtre sont loin d’être claires, et plonge dans le dossier à bras le corps. Mais quelqu’un est déterminé à ce que le passé reste là où il est. Quelqu’un prêt à tout pour que la vérité n’éclate pas, quel qu’en soit le prix.

Editeur: Marabout, 368 pages, date de sortie: 22 août 2018

Les marcheurs – Frédéric Mars

Les marcheurs – Frédéric Mars

Déstabilisant… Percutant !

Un roman paru en 2011 sous le titre « Non stop », bien avant la vague d’attentats multiples qui a touché le monde. Glaçant, ça donne froid dans le dos ! Publié récemment en poche à La mécanique générale, il change de titre, fait peau neuve et s’orne d’une sublime couverture.

Un thriller politique qui file à mille à l’heure, une intrigue très réaliste qu’on suit en temps réel durant trois jours, à la manière de la série 24 heures. A peine ouvert, vous sentez que vous tenez une bombe entre les mains. Il vous sera impossible d’arrêter votre lecture, condamné à tourner frénétiquement les pages jusqu’à la dernière dans un état de stress incroyable. Un conseil: prévoyez du temps devant vous et pensez à respirer de temps en temps !

Marcher ou mourir, voilà le défi lancé à des milliers d’américains porteurs d’un pacemaker trafiqué. Transformés en kamikaze à leur insu, le 9 septembre 2012 ils reçoivent une lettre leur donnant une consigne claire, ils doivent se rendre dans un lieu stratégique précis -commissariat, central téléphonique, stade sportif- où ils trouveront les instructions pour désamorcer la bombe, ils ne peuvent jamais s’arrêter de marcher, sinon BOUM. Les explosions s’enchaînent et sèment le chaos à travers tout le pays. L’état d’urgence et le couvre-feu sont déclarés. Qui transforment d’honnêtes citoyens en bombe humaine onze ans après les attentats du 11 septembre ? Et pourquoi ? Des terroristes ? Une secte ?

Un récit haletant aux ramifications multiples qui mêle politique internationale, conspiration et théorie du complot. Les grandes instances du pays -FBI, Homeland security, NYPD, le maire de New York, le président des Etats Unis- entrent en jeu pour gérer la crise et sont confrontées aux multiples failles des systèmes de sécurité. Il y a tant de protagonistes en action que le lecteur pourrait craindre d’être perdu, rassurez-vous le récit est fluide de bout en bout.
Liz, du Homeland Security coordonne l’action, Sam le capitaine du NYPD dont la fille fait partie des Marcheurs et Benton du FBI, son ennemi juré, le président Cooper et quelques autres personnages secondaires. Des personnages fort attachants dont l’histoire personnelle nous accroche et donne une belle touche d’émotion à l’enquête.

Une course contre la montre teintée de paranoïa, un cauchemar anxiogène à mourir qui nous immerge totalement.  Les chapitres très courts, la construction complexe orchestrée dans les moindres détails happe complètement le lecteur. Tout est chronométré à la minute près et le suspense intense est maintenu jusqu’aux toutes dernières pages.
La plume est sèche, tranchante, incisive, très visuelle, tout à fait adaptée au récit que je verrais bien au cinéma ou en série.

Frédéric Mars a fourni un colossal travail de documentation sur la géopolitique et les organisations terroristes, dans les pays occidentaux, au Proche Orient, en Iran, sur tous les intérêts économiques qui les lient. Une analyse réaliste, claire et précise qui n’alourdit en rien l’histoire.

Un dernier détail : je suis plutôt du genre hermétique aux thrillers politiques. En général je n’y comprends pas grand chose ou ils me laissent de marbre. Mais là, je vous assure que j’ai jubilé du début à la fin de ma lecture ! 

Les marcheurs, un thriller brillant et intelligent.
Un parfait mélange entre Politique, Enquête et Emotion.
Un thriller qu’on ne lit pas, on le vit à 100% le coeur au bord de l’explosion !

Je remercie chaleureusement les éditions Ring et La mécanique générale pour leur confiance.

4ème Couverture

9 septembre, Manhattan. Un homme ordinaire reçoit une enveloppe anonyme et se met à marcher en direction du métro. À peine s’est-il arrêté sur le quai de la station qu’il explose, semant la mort autour de lui. Très vite, les mises en marche et explosions de ce genre se multiplient à une allure folle. Sam Pollack et Liz McGeary, les deux agents chargés de l’enquête, doivent admettre qu’ils sont confrontés à une attaque terroriste d’une envergure inouïe. Une attaque non revendiquée et d’autant plus difficile à contrer qu’elle transforme des innocents en bombes humaines, faisant d’eux les agents de ce scénario apocalyptique. Tous se sont vu implanter un pacemaker piégé dans les deux dernières années. Tous reçoivent ces fameuses enveloppes kraft et se mettent à marcher. S’ils s’arrêtent, la charge explosive se déclenche, où qu’ils soient, quels que soient leur âge, leur sexe et leur couleur de peau. La cavale sans fin de ceux qu’on appelle les marcheurs de la mort ne fait que commencer.

Editeur: La mécanique générale (coll. Ring noir), 719 pages, date sortie: 26 avril 2018