Né d’aucune femme – Franck Bouysse

Né d’aucune femme – Franck Bouysse

S’il n’en restait plus qu’un….

Sur mon montage photo, j’ai écrit ces quelques mots: « un roman d’une sensibilité incroyable, d’une beauté et d’une poésie rare. On touche au sublime ». Je ne suis pas sûre de pouvoir en dire plus tant il m’est difficile, voire impossible de vous parler de ce roman.

Je me souviens que dans ma chronique de Glaise, j’avais hésité à écrire le mot chef d’oeuvre, quand tant d’autres l’avaient fait.

Aujourd’hui, j’ai envie de l’écrire plusieurs fois, en italique, en gras, en majuscule.  Né d’aucune femme est un CHEF D’OEUVRE !!!
Un coup de coeur, un coup en plein coeur, un coup de foudre… le premier de l’année et je sais que je ne pourrai rien lire d’aussi beau durant les douze prochains mois.

S’il vous plait, ne lisez pas les chroniques qui vous raconteront le livre de long en large, vous allez vous gâcher toute la magie de cette lecture, la quatrième de couverture est parfaite.
Il faut tourner les pages délicatement pour entrer à petits pas dans ce joyau et se laisser surprendre. Cette histoire, c’est l’histoire de Rose, une petite fille de quatorze qui nous murmure des mots dans l’oreille… des mots si beaux que nous relisons chaque phrase deux fois.

Comment vous dire que Franck Bouysse s’est glissé dans la peau d’une petite fille de quatorze ans jusqu’à ressentir les vibrations sortant de ses entrailles…
Comment vous dire l’immense talent et le génie de l’auteur pour fouiller l’âme de ses personnages…
Comment vous dire les émotions rarement ressenties à la lecture d’un livre, les larmes qui coulent et qui coulent encore, le coeur au bord des lèvres…
Comment vous dire le désespoir et la noirceur de ce récit touchant de si près la lumière et l’espoir…
Comment vous dire la plume exceptionnelle de Franck Bouysse, influencée par Faulkner, Giono, Morrisson, McCarthy… Les mots si beaux, les respirations, les silences, la sensibilité et la musique particulière qui s’en dégage…
Comment vous dire que Rose vous hantera à tout jamais.  Que son histoire intemporelle est l’histoire de milliers de femmes…
Comment vous dire toute la magie, toute la pudeur de ce chef d’oeuvre…
Comment vous dire que je suis restée plusieurs jours sans pouvoir ouvrir un autre livre…

Les mots me manquent, tout simplement…

Merci monsieur Franck Bouysse, merci du fond du coeur pour ce moment rare.

Une mention spéciale pour la sublime couverture. Je remercie chaleureusement La Manufacture de livres pour leur confiance.

4ème Couverture

 » Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile.
— Et alors, qu’y-a-t-il d’extraordinaire à cela ? demandai-je.
— Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés.
— De quoi parlez-vous ?
— Les cahiers… Ceux de Rose. »
Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin. Franck Bouysse, lauréat de plus de dix prix littéraires, nous offre avec Né d’aucune femme la plus vibrante de ses oeuvres. Ce roman sensible et poignant confirme son immense talent à conter les failles et les grandeurs de l’âme humaine.

Editeur: La Manufacture de livres, 336 pages, date sortie: 10 janvier 2019

Un demi-siècle de mensonges – Jean-Louis Aerts

Un demi-siècle de mensonges – Jean-Louis Aerts

En 2017, je vous avais parlé d’une belle découverte, Un siècle de mensonges , c’était le premier roman d’un « jeune » auteur belge.

Deux ans plus tard, voici la suite des aventures palpitantes de Marylou. Une saga très originale à mi chemin entre le récit d’une histoire familiale mêlé d’aventures et d’Histoire.

Notre héroïne Marylou s’est posée à la campagne pour y mener une vie calme avec sa famille. Le répit sera de courte durée, son grand père décède, la police penche pour la thèse de l’assassinat et la voilà rattrapée par son douloureux passé.

Nous allons remonter le cours de trois histoires familiales tout en re-visitant une partie de l’histoire de Belgique, l’exposition universelle de 1958, l’incendie de l’Innovation en 1967…
Le passé s’emboîte à merveille dans le présent, ces différentes histoires sont intimement liées et imbriquées comme les pièces d’un gigantesque puzzle.

Je me suis laissée porter par le récit mais j’avoue avoir été un peu moins surprise, un peu moins déroutée que dans le premier tome des aventures de Marylou. J’ai trouvé certains passages un peu tirés par les cheveux, même si l’ensemble cohérent.  Le rythme est parfait, il oscille entre accélérations et moments de respiration. L’enquête est complexe, les révélations nombreuses, on ne s’ennuie pas un instant. Entre mensonges et mystères, Jean-Louis Aerts nous embarque et nous manipule de bout en bout en déroulant son récit sur un demi siècle d’histoire.

Un très agréable moment lecture !  Pour ceux qui se poseraient la question, il faut bien entendu les lire dans l’ordre.

Je remercie les éditions 180° pour leur confiance.

4ème Couverture

1940 : Émilie a quatorze ans quand la Deuxième Guerre mondiale vient bouleverser ses rêves d’adolescente.
1961 : Jeanne a dix-huit ans lorsque sa vie vole en éclats.
2006 : Marylou a quarante ans au moment où deux drames font basculer son existence et lui rappellent son douloureux passé.
Quel lien unit ces trois femmes ? Qui donc a intérêt à déterrer les vieux démons ? L’inspecteur Gleizner mène l’enquête et tente de démêler l’écheveau de mensonges qui entoure les mystérieux incidents dont est victime Marylou.

Editeur: 180°éditions, 352 pages, date sortie : 24 novembre 2018

Avalanche Hôtel – Niko Tackian

Avalanche Hôtel – Niko Tackian

Envoûtant

Le jour de Noël, j’ai réservé la chambre 81 à Avalanche Hôtel, un hôtel hostile et mystérieux perdu au milieu des montagnes enneigées. J’ai eu froid durant toute mon séjour et pourtant, j’étais bien emmitouflée.

Le pitch en deux mots : nous sommes en 1980, en pleine tempête de neige, Joshua, agent de sécurité à Avalanche Hôtel fait une chute, il tombe dans le coma durant deux jours. Il se réveille, nous sommes en 2018. Est-il entrain de rêver ? Plongé dans un mauvais cauchemar ? Est-il schizophrène ?

Dès les premières pages, l’auteur distille un suspense et une tension qui ne nous lâcheront pas jusqu’au dénouement imprévisible. Il réussit à nous retourner le cerveau en mêlant  habilement rationnel et irrationnel, il installe le doute en nous et nous fait voyager entre rêve et réalité, tout en restant bien ancré dans l’intrigue.
Il nous questionne sur la mémoire, les souvenirs, les rêves et la mort avec une subtilité étonnante.

Niko Tackian maîtrise à 100% l’art du huis clos. Après l’immensité du désert dans « La nuit n’est jamais complète », nous voilà entrain de trembler dans l’immensité des montagnes. Sa plume très visuelle nous immerge complètement dans une ambiance mystérieuse, lugubre, glaçante.

Un thriller hypnotique et anxiogène qui vous surprendra et vous déstabilisera plus d’une fois.

A lire d’une traite si possible, bien au chaud sous un plaid, en retenant votre souffle.

Un seul petit bémol, j’ai trouvé mon séjour trop court, j’aurais aimé jouer les prolongations.

Si vous avez aimé La nuit n’est jamais complète, vous aimerez Avalanche Hôtel. Par contre, si l’irrationnel vous hérisse le poil, vous devriez peut être passer votre chemin et vous ruer sur l’excellente série du commandant Tomar Khan (Toxique et Fantazmë, tous deux sortis en poche).

Je remercie chaleureusement les éditions Calmann Lévy pour leur confiance. Mention spéciale pour la sublissime couverture.

4ème Couverture

SURTOUT, NE VOUS FIEZ PAS À VOS SOUVENIRS !
Janvier 1980. Joshua Auberson est agent de sécurité à l’Avalanche Hôtel, sublime palace des Alpes suisses. Il enquête sur la disparition d’une jeune cliente avec un sentiment d’étrangeté. Quelque chose cloche autour de lui, il en est sûr. Le barman, un géant taciturne, lui demande de le suivre dans la montagne, en pleine tempête de neige. Joshua a si froid qu’il perd connaissance… et revient à lui dans une chambre d’hôpital. Il a été pris dans une avalanche, il est resté deux jours dans le coma. Nous ne sommes pas en 1980 mais en 2018. Joshua n’est pas agent de sécurité, il est flic, et l’Avalanche Hôtel n’est plus qu’une carcasse vide depuis bien longtemps. Tout cela n’était qu’un rêve dû au coma. Un rêve, vraiment ?

Editeur: Calmann Lévy Noir, 270 pages, date sortie: 2 janvier 2019

Bilan lecture – décembre 2018

Bilan lecture – décembre 2018

8 livres lus, soit  3379 pages.

Je termine l’année avec de belles retrouvailles. Une sacrée découverte avec le premier roman de Pierre-Jean Verhoye. Une déception avec le dernier Fabio M. Mitchelli. Une claque monumentale d’un immense auteur que ne je n’avais encore jamais lu : Don Winslow. J’ai déjà lu deux sorties de 2019, Avalanche Hôtel et L’erreur, mes chroniques vont arriver.

Allez, c’est parti pour un résumé de mes lectures. Comme d’habitude, les liens des chroniques se trouvent en bas de page.

Corruption – Don Winslow : Une claque monumentale ! Coup de coeur !  Je me suis retrouvée plongée dans la brillante série The Shield (que j’adore !) aux côtés de Vic Mckay, le double de notre héros Dennny Malone. Un roman puissant, passionnant, magistral. Un pur chef d’oeuvre ! J’ai refermé Corruption à regret en me demandant ce que j’allais bien pouvoir lire après.

Sur le ciel effondré – Colin Niel : L’enquête est passionnante et captivante de bout en bout, les 500 pages défilent toutes seules et le dépaysement total vous réservera bien des surprises. A mi chemin entre le polar ethnologique et le très bon roman noir.

Et Quest – Jean Louis Rouillan : Globalement, j’ai passé un bon moment de lecture avec Et Quest, une intrigue à connotation fantastique qui démarre sur les chapeaux de roue. Un roman qu’on lit quasi d’une traite sans une seconde d’ennui.

La fille du port de la lune – Simone Gélin : Réédition du premier roman de l’auteure, entre le roman et le polar. J’ai retrouvé toutes les graines de son immense talent, prêtes à germer et à exploser dans ses romans suivants. J’ai retrouvé sa sensibilité à fleur de peau qui me touche et m’émeut profondément, sa subtilité, sa force, sa poésie noire.

No trace – Pierre-Jean Verhoye : Une lecture qui laisse des traces ! Un premier roman mené de main de maître, un parfait mélange de thriller et de fantastique avec un zeste de romance. L’auteur a une imagination débordante, il nous offre une intrigue intelligente, passionnante, ficelée à merveille, qui nous tient en haleine tout au long des 550 pages.

Le dernier festin – Fabio M Mitchelli : Ca ne l’a pas fait pour moi. J’ai erré comme une âme perdue dans cet immense dédale, je me suis perdue dans les boucles de cet univers parallèle en essayant de m’accrocher aux multiples histoires peuplées de trop nombreux personnages auxquels je ne me suis pas du tout accrochée.

Avalanche Hôtel – Niko Tackian > chronique à venir

L’erreur – Susi Fox > chronique à venir

Cliquez sur les titres pour lire les chroniques entières

Corruption – Don Winslow

Sur le ciel effondré – Colin Niel

Et Quest – Jean Louis Rouillan

La fille du port de la lune – Simone Gélin

No Trace – Pierre-Jean Verhoye

Le dernier festin – Fabio M. Mitchelli

Avalanche Hôtel – Niko Tackian > chronique à venir

L’erreur – Susi Fox > chronique à venir

Je vous souhaite une magnifique année 2019, remplie d’excellentes lectures.
Qu’elle vous soit douce et vous réserve de belles surprises.

Soyez fous et déraisonnables, peu importe la hauteur de vos PAL,
achetez des livres, beaucoup de livres, prêtez les, empruntez les peu importe.
LISEZ, LISEZ, LISEZ… cela rend heureux.

Le dernier festin – Fabio M. Mitchelli

Le dernier festin – Fabio M. Mitchelli

J’ai découvert Fabio M. Mitchelli avec La compassion du diable, une sacrée découverte (non chroniqué car je n’avais pas encore de blog), Une forêt obscure  fait partie de mes coups de coeur 2016 et Le tueur au miroir est un de mes coups de coeur 2017. L’auteur ne m’a jamais déçue, c’est donc toute confiante et excitée que j’ai entamé Le dernier festin, un thriller horrifique fantastique, une réédition de la Trilogie des verticales publiée entre 2010 et 2012.

Et là, je suis bien embêtée, je tournicote depuis des heures devant ma page blanche et les mots ne veulent pas sortir. Comment vous dire que « ça ne l’a pas fait pour moi », je ne suis pas parvenue à entrer pleinement dans l’histoire et je le regrette d’autant plus que j’aime l’auteur.

Peut être est-ce le mélange entre fantastique et délires oniriques qui m’a dérangée ?  J’ai erré comme une âme perdue dans cet immense dédale, je me suis perdue dans les boucles de cet univers parallèle en essayant de m’accrocher aux multiples histoires peuplées de trop nombreux personnages auxquels je ne me suis pas du tout accrochée.

Vous pourriez y voir un énorme paradoxe, vous pourriez même être surpris ou penser que je suis cinglée si je vous dis que Le dernier festin est très bon et bluffant d’originalité.

Fabio M. Mitchelli explore le Mal et l’anthropophagisme  à travers l’histoire de l’ogre de Rostov, un des pires criminels du XXè siècle. Il est tellement doué pour plonger dans nos peurs les plus profondes, c’est noir, violent, horrible et baroque à la fois. Certains passages sont terrifiants à vous couper le souffle ou vous retourner les tripes tant la plume de l’auteur est exceptionnelle.

Je ne m’étendrai pas beaucoup plus et j’assume entièrement mon ressenti. Peut être ne devrais-je plus lire les premiers romans d’auteurs qui ont atteint des sommets, ils sont trop en décalage avec mes attentes ?
Ce ressenti n’est que mon humble avis, faites vous le vôtre. Le dernier festin est salué unanimement par la critique.   Je terminerai en vous disant que j’ai hâte de lire le prochain roman de Fabio M. Mitchelli.

Je remercie chaleureusement les éditions French Pulp pour leur confiance.

4ème Couverture

Clarisse est morte. Elle ouvre les yeux sur son corps mutilé, entouré par la police scientifique qui s’affaire sur la scène de crime de son propre meurtre, quelque part sur une route de montagne des Alpes françaises…
Clarisse va vivre ses derniers instants post-mortem dans une bien singulière situation : celle de refaire à l’envers le chemin des heures qui ont précédé sa mort, afin de confondre son propre meurtrier.
Chris Lanzman, officier de police judiciaire, va chercher à découvrir ce qui a bien pu se produire cette nuit-là, sur cette route isolée. Egalement chargés de l’affaire, deux autres enquêteurs accompagnés d’un médium vont tenter d’entrer dans la tête du redoutable criminel.
Mais à trop vouloir approcher le monstre, on en oublie parfois que la vie ne tient qu’à un fil…

Editeur: French Pulp, 382 pages, date sortie: 11 octobre 2018

No Trace – Pierre-Jean Verhoye

No Trace – Pierre-Jean Verhoye

NO TRACE…

Une lecture qui laisse des traces !

Pierre-Jean Verhoye frappe plutôt fort avec son premier roman mené de main de maître, un parfait mélange de thriller et de fantastique avec un zeste de romance. Une histoire très originale qui débute par l’assassinat du conjoint de Raja, un brillant scientifique en mission à l’étranger. Très vite, elle se sent menacée, elle quitte Paris avec son bébé pour aller identifier son conjoint à Londres, elle sera accompagnée de Goran, un flic taciturne. Elle est loin de se douter qu’elle s’embarque dans une histoire de dingue qui va la dépasser complètement.

L’auteur a une imagination débordante, il nous offre une intrigue intelligente, passionnante, ficelée à merveille, qui nous tient en haleine tout au long des 550 pages, sans longueur, ni ennui. La première partie file à un rythme fou, une traque haletante aux multiples rebondissements, les aventures de Raja et Goran ne nous laissent pas le temps de souffler.

L’action diminue dans la  deuxième partie, le rythme ralentit quelque peu, nous ouvrons les portes de la science et du fantastique. Nous nageons dans l’énergétique, la métaphysique, la physique quantique, le champ informationnel et l’au-delà, le monde numérique et virtuel. Je me suis sentie à 100% dans mon élément, l’auteur m’a complètement bluffée par l’exactitude de ses propos et le souci du détail. Il nous offre une réflexion très intéressante en abordant des thèmes comme la vie et la mort, l’instinct de reproduction et notre survie, les réseaux numériques, les hackers, la biologie et les nouvelles recherches génétiques. Pour les « non-initiés », rassurez vous, cette partie est fluide et compréhensible, aucune chance de vous perdre en route.

C’est bien écrit, j’ai beaucoup aimé les différents personnages, tous très attachants, intéressants, bien fouillés dans leur psychologie. Mention spéciale pour Elisabeth, la mère de Raja, une tatoueuse New Yorkaise qui n’a pas sa langue en poche.

No Trace est le premier tome d’une trilogie, la fin reste ouverte, nous avons juste envie de plonger dans le deuxième tome pour suivre les personnages et connaître le dénouement de leurs aventures.

Je remercie chaleureusement Pierre-Jean Verhoye de m’avoir envoyé son roman. Une surprenante découverte que je vous recommande vivement.

4ème Couverture

Paris, mai 2015. Raja vient d’apprendre par la police l’assassinat de son conjoint, Alberto, à Londres. En rentrant à son domicile, elle assiste impuissante à la défenestration de sa voisine et décide de partir, avec son bébé, sur les traces de son mari. Goran, policier brillant et peu causant, l’escorte malgré lui dans cette enquête hors norme…
Au même moment, la mère de la jeune femme perçoit, depuis New York, la menace qui plane sur sa fille et envoie un SOS qui est intercepté par des hackers spécialistes des données numériques. Commence alors une course-poursuite, dont personne ne sortira indemne…

Editeur: Les Nouveaux Auteurs, 550 pages, date sortie: 6 septembre 2018

La fille du port de la lune – Simone Gélin

La fille du port de la lune – Simone Gélin

J’ai rencontré Simone Gélin au festival Toulouse polars sud en 2017, son roman L’affaire Jane De Boy venait de recevoir le prestigieux prix de l’Embouchure. Un énorme coup de coeur, un grand moment dans ma vie de lectrice. Un sublime roman que je vous conseille vivement de lire.
Il y a quelques mois, j’ai lu son dernier roman Sous les pavés, la jungle, j’ai terminé ma chronique par ces mots : « pourquoi diable ne parle-t-on pas plus de Simone Gélin et son talent fou ? Si vous ne la connaissez pas, ruez vous sur ses romans de toute urgence. Il faut la lire, un point c’est tout !!! « 

C’est donc toute émue et excitée que j’ai entamé La fille du port de la lune, une réédition de son premier roman, à mi chemin entre le roman et le polar.

Un roman en deux parties. J’ai beaucoup aimé la première qui nous plonge dans la vie des différents personnages. Malik, le jeune des cités qui veut s’en sortir, Helena, une jeune prostituée arrachée son Ukraine natale, Pierre, devenu SDF suite à une rupture sentimentale, Chloé, une jeune bourgeoise qui traine son mal de vivre et Simon, le flic veuf. Ils se croisent, tissent des liens et leur destin s’entremêle petit à petit.

J’ai retrouvé toutes les graines de son immense talent, prêtes à germer et qui exploseront dans ses romans suivants. Simone Gélin a une façon unique et toute particulière de nous immerger dans une ambiance et un décor. J’ai retrouvé sa sensibilité à fleur de peau qui me touche et m’émeut profondément, sa subtilité, sa force, sa poésie noire, sa plume magnifique et ses mots que j’aime plus que tout. J’aime tant la façon qu’elle a d’aller chercher la lumière tout au fond des personnages cabossés. L’art de fouiller leur âme meurtrie pour la mettre en lumière, y dénicher leur humanité et leur force de vie qui se cache au milieu de leurs failles.

J’ai été moins emballée par la deuxième partie. Une jeune femme est retrouvée morte dans la Garonne et l’enquête débute. Une enquête qui se traine et manque de souffle.

J’en ai longuement parlé avec l’auteure, nous avons partagé un échange très intéressant.
Ce n’est pas la première fois que cela m’arrive, peut être ne devrais-je plus lire les premiers romans des auteurs que j’aime et qui ont atteint des sommets dans leur art, j’ai souvent ce même ressenti de faire un bond en arrière.

Je terminerai en disant que Simone Gélin a fait un saut quantique entre son premier roman et les suivants.

Je vais encore me répéter mais si vous ne la connaissez pas, ruez vous sur L’affaire Jane de Boy et Sous les pavés, la jungle.

Je remercie chaleureusement les éditions Cairn pour leur confiance.

4ème Couverture

Tout commence par les méandres de la Garonne. Automne 2005, pendant que Malik de la cité du Grand‐Parc ronge son frein dans son HLM, que Zora désespère de le tirer de là, que Momo se
prépare pour les bastons, que Dany rêve de belles caisses, que Chloé traîne son mal de vivre d’adolescente des beaux quartiers, Helena, arrachée à son Ukraine natale, vendue et revendue à des trafiquants de chair fraîche, arpente les quais en minijupe en rêvant de se jeter dans les eaux du port de la Lune et un clochard humaniste dispense sa philosophie à qui veut bien l’entendre.
Ces existences vont s’entrecroiser et tisser une toile autour du drame qui finit par éclater : Le jour où le corps d’une jeune fille est repêché dans la Garonne. Simon, un flic en proie au vague à l’âme conduit l’enquête de façon irrationnelle, l’imbroglio est impénétrable, mais tous les fils le ramènent à Malik.

Editeur: Cairn, 348 pages, octobre 2018

Et Quest – Jean Louis Rouillan

Et Quest – Jean Louis Rouillan

Vous souvenez-vous d’Akwaba ? Un formidable roman d’aventures aux couleurs de l’Afrique qui m’avait complètement transportée. Un roman qui sortait des tripes de l’auteur, porteur de tant d’émotions.
Jean Louis Rouillan a poursuivi l’aventure de l’écriture, il s’est lancé dans un genre complètement différent : le thriller.

Globalement, j’ai passé un bon moment de lecture avec Et Quest, une intrigue à connotation fantastique qui démarre sur les chapeaux de roue. Un roman qu’on lit quasi d’une traite sans une seconde d’ennui. Un tueur sadique multiplie les meurtres, les rebondissements s’enchaînent à la vitesse grand V et ne nous laissent pas beaucoup le temps de souffler, le suspense ne se relâche jamais, les pages se tournent frénétiquement, on a envie de connaître le dénouement de cette folle histoire. J’ai aimé les petits clins d’yeux aux copains à travers certains personnages.

J’émettrai pourtant un avis mitigé, j’en ai discuté avec l’auteur. Si l’histoire est originale, elle reste plutôt classique, une course poursuite haletante pour coincer un serial killer. Je ne me suis pas beaucoup attachée aux personnages, ils sont à peine survolés et pas suffisamment développés à mon goût.

Toutes les cases techniques du cahier des charges ont été remplies mais quand je regarde l’ensemble, je ne fais pas waouh… il me manque ce petit quelque chose qui fait la différence.

Ceci ne représente que mon humble avis, comme je dis toujours, faites vous le vôtre. Je n’oublie pas que c’est un premier thriller, que je suis une redoutable serial lectrice et qu’à force, je deviens de plus en plus difficile. J’encourage vivement Jean Louis Rouillan à continuer l’aventure de l’écriture.

4ème de Couverture

Arriège 1244. Les troupes de l’Inquisition assiègent la cité de Miglos.
De nos jours, dans la même région. La capitaine de police Ludivine Tanguy est chargée d’enquêter sur l’assassinat d’un chauffeur de bus. Fait divers banal, vengeance, crime crapuleux ? Pour Ludivine, ce qui devait s’avérer comme une affaire rapidement bouclée, va devenir un cauchemar de tous les instants. Alors que la police piétine, dans les jours qui suivent, les crimes vont se succéder et l’enquête va prendre une tournure inattendue. L’hypothèse d’un tueur en série se profile. Aucun lien entre les affaires, les lieux et les victimes n’ont rien en commun. L’assassin ne semble connaître aucune limite dans sa folie meurtrière. Que cherche-t-il ?

Auto-édité, 365 pages, date sortie: 11 octobre

Sur le ciel effondré – Colin Niel

Sur le ciel effondré – Colin Niel

J’ai découvert Colin Niel avec Seules les bêtes , un sublime roman choral qui a été une vraie claque. Il était temps de découvrir sa série guyanaise, Sur le ciel effondré en est le 4e volet,  la 4e enquête du capitaine noir-marron Anato.

Un voyage au coeur de la Guyane secrète, lorsque les hommes vivaient aux côtés des dieux, un portrait d’un pays méconnu tiraillé entre traditions et modernité.

Il m’a fallu un peu de temps pour entrer pleinement dans cette double enquête aux ramifications multiples mais une fois embarquée, je n’ai pas pu lâcher le roman.  L’adjudante Angélique Blakaman  arrive de France, elle vient d’être mutée à sa demande, après avoir échappé de peu à un attentat qui l’a défigurée. Elle  va enquêter sur la disparition d’un jeune amérindien, le fils de l’homme qu’elle aime.  Ils craignent un suicide, une pratique très répandue chez les jeunes adolescents. Le capitaine Anato traque un gang de cambrioleurs sévissant à Cayenne. Des histoires secondaires vont se greffer aux enquêtes principales. Nous ferons la connaissance de nombreux personnages, singuliers, magnifiques, tous très attachants.

On sent tout l’amour que Colin Niel porte à la Guyane, je n’ose pas imaginer l’énorme travail de documentation effectué pour nous immerger complètement et nous décrire ce pays si paradoxal avec un sens extraordinaire du détail, il nous apprend tellement de choses sans nous donner l’impression de nous asséner une leçon. (J’avoue que pour moi, c’est une totale découverte). Les conflits entre les colonisateurs et les colonisés survivant tant bien que mal, les croyances et légendes amérindiennes disparaissant peu à peu, le chamanisme remplacé par l’église et les évangélistes, l’orpaillage clandestin et la pollution au mercure, les problèmes socio-économiques, la misère et le chômage des jeunes, l’état français qui n’entend pas les problèmes des habitants, les différentes cultures -le peuple amérindien, les créoles, les chinois, les noirs marrons, les brésiliens, les clandestins- et leur problématique de cohabitation.

L’enquête est passionnante et captivante de bout en bout, les 500 pages défilent toutes seules et le dépaysement total vous réservera bien des surprises. La nature tient une place énorme dans le récit. Nous sommes plongés dans la forêt amazonienne, nous sentons les odeurs, nous entendons les craquements, les bruits, nous ressentons la chaleur et l’humidité, nous remontons les fleuves en pirogue rafraîchi par une douce brise.

Sur le ciel effondré se situe à mi chemin entre le polar ethnologique et le très bon roman noir.

Embarquez pour ce beau voyage !

Je remercie chaleureusement les éditions Rouergue pour leur confiance.

4ème Couverture

En raison de sa conduite héroïque lors d’un attentat en métropole, l’adjudante Angélique Blakaman a obtenu un poste à Maripasoula, dans le Haut-Maroni, là où elle a grandi. Au bord du fleuve, il lui faut supporter de n’être plus la même, une femme que sa mère peine à reconnaitre, de vivre aussi dans une ville qui a changé au voisinage des rives du Suriname, avec leurs commerces chinois, leurs dancings et leurs bordels, les filles dont rêvent les garimpeiros qui reviennent des placers aurifères. Et après les derniers spots de vie urbaine s’ouvre la forêt sans bornes vers les mythiques Tumuc-Humac, le territoire des Wayanas, ces Amérindiens qui peu à peu se détachent de leurs traditions, tandis que s’infiltrent partout les évangélistes. C’est là que vit Tapwili Maloko, le seul homme qui met un peu de chaleur dans son coeur de femme. Aussi, lorsque de sombres nouvelles arrivent de Wilïpuk, son village à plusieurs heures de pirogue, hors de question qu’Angélique ne soit pas de la partie. Pour elle s’engage l’épreuve d’une enquête dans la zone interdite, ainsi qu’on rappelle parfois. Et pour affronter le pire, son meilleur allié est le capitaine Anato, noir-marron comme elle, et pour elle prêt à enfreindre certaines règles. Avec cette héroïne que ses colères tiennent comme une armure, Colin Niel nous fait entrer dans une Guyane secrète, qui n’a pas tout perdu de ses pouvoirs anciens, lorsque les hommes vivaient auprès des dieux.

Editeur: Rouergue (coll. Rouergue Noir), 512 pages, date sortie: 3 octobre 2018

La mort selon Turner – Tim Willocks

La mort selon Turner – Tim Willocks

Un western tarentinesque !

 Quand le Bien affronte le Mal… 

Direction l’Afrique du Sud, dans la banlieue du Cap. Après une soirée de beuveries avec une bande de potes, Dirk un jeune riche Afrikaner renverse une jeune métisse, une pauvresse sous alimentée entrain de fouiller une benne à ordures près d’un bar du township. Il s’enfuit sans prévenir les secours, laissant la victime agoniser seule. Une mort dont tout le monde se fiche, les flics du Cap ne lèvent pas le petit doigt, ils ont d’autres chats à fouetter. Sauf Turner qui décide de mener l’enquête pour trouver les coupables. Turner, un excellent flic noir, d’une intégrité absolue face à la corruption régnante, farouchement déterminé à rendre justice, peu importe le prix à payer. Pour lui, tout le monde est soumis à la même loi. Turner, un spécialiste des arts martiaux, un mélange entre Dirty Harry et Rambo. Rien ne l’arrête, même quand il apprend que les possibles meurtriers sont des blancs richissimes habitant très loin du Cap et qu’il sera bien dur de les mettre derrière les barreaux.

Nous ne sommes pas dans une simple enquête de police puisque nous connaissons très vite le coupable.  La mort selon Turner est l’affrontement impitoyable entre Turner, l’incorruptible et Margot Le Roux, la mère de Dirk, une richissime Afrikaner, propriétaire minière qui règne en seigneur local sur ses terres. Le flic veut faire triompher la justice, la mère veut protéger son fils. La mort selon Turner est le récit d’une croisade justicière, une traque sans pitié par un policier hors norme qui n’a rien à perdre, il ira jusqu’au bout de lui même en franchissant toutes les limites, semant la mort et le chaos autour de lui.

Ce western dans un décor de désert sud africain ne vous laissera pas souffler un instant, les scènes s’enchaînent à un rythme incroyable ! C’est puissant, très noir, violent, sanglant et bourré de testostérone. C’est épique, entre l’opéra et la tragédie grecque, plein d’excès et ça vous coupe le souffle ! La plume de Tim Willocks est sublime, poétique et la façon toute particulière qu’il a de plonger dans l’esprit humain -n’oublions pas que l’auteur est psychiatre- pour l’explorer dans les moindres replis donne une touche exceptionnelle à l’histoire.

Dans cet affrontement du Bien et du Mal, le lecteur se posera plus d’une fois la question: qui a raison et qui a tort ?

Un grand roman noir que je vous conseille vivement !

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine pour leur confiance.

4ème Couverture

Lors d’un week-end arrosé au Cap, un jeune et riche Afrikaner renverse en voiture une jeune Noire sans logis qui erre dans la rue. Ni lui ni ses amis ne préviennent les secours alors que la victime agonise. La mère du chauffeur, Margot Le Roux, femme puissante qui règne sur les mines du Northern Cape, décide de couvrir son fils. Pourquoi compromettre une carrière qui s’annonce brillante à cause d’une pauvresse ? Dans un pays où la corruption règne à tous les étages, tout le monde s’en fout. Tout le monde, sauf Turner, un flic noir des Homicides. Lorsqu’il arrive sur le territoire des Le Roux, une région aride et désertique, la confrontation va être terrible, entre cet homme déterminé à faire la justice, à tout prix, et cette femme décidée à protéger son fils, à tout prix.

Editeur: Sonatine, 384 pages, date sortie: 11 octobre 2018