Boréal – Sonja Delzongle

Une claque phénoménale…

Je ne trouve pas les mots pour écrire ma chronique, un sentiment étrange, une angoisse face à cet exercice périlleux. Comment vous parler d’un roman aussi exceptionnel  ?  Je me lance dans le vide, en sachant que mes mots seront maladroits et absolument pas à la hauteur de ce roman magistral.

Petite parenthèse: j’avoue avoir eu un peu peur à l’idée de quitter l’héroïne Hannah Baxter que j’adore.  Mes craintes se sont vite envolées.

Je pensais que Sonja Delzongle avait atteint le sommet de son art avec Récidive , la confirmation de l’immensité de son talent. J’avais pris une telle claque, rien qu’en y repensant, je sens mes poils se hérisser (si vous ne l’avez pas encore lu, il sort en poche ce 8 mars).
Et bien non, Sonja ose frapper plus fort encore, elle nous surprend et nous offre un roman d’une force inouïe, un chef d’oeuvre du genre qui nous laisse groggy, K.O. sur le carreau pour quelques jours.

Enfilez votre parka et vos bottes, n’oubliez pas vos gants, nous embarquons pour l’enfer dans le grand nord.

J’ai avalé les 440 pages en une soirée et une journée, hypnotisée par une intensité de lecture qui m’a vrillé les tripes, glacé le corps, coupé le souffle à chaque page. Une histoire que j’ai ressentie jusqu’au tréfonds de mes cellules, en frôlant l’infarctus plusieurs fois.

Nous suivons une équipe de huit scientifiques en mission au Groenland, sur l’inlandsis. Ils font une inquiétante découverte, un étrange cimetière de boeufs musqués pris dans la glace. Ils décident de faire appel à Luv Svendsen, une spécialiste des espèces, pour tenter de comprendre cette hécatombe. Dès le lendemain de son arrivée, une première personne disparait.
Ainsi débute cette aventure humaine exceptionnelle, le huis clos le plus terrifiant que j’ai lu, avec une héroïne hors du commun, Luv Svendsen, qui n’a rien à envier à Hannah Baxter.

L’intrigue est brillante et la construction parfaite, le huis clos angoissant nous maintient sous tension constante et quasi insoutenable. Sonja Delzongle réussit un véritable exploit en nous immergeant complètement dans la banquise jusqu’à nous faire ressentir le vent piquant et le froid mordant.  Elle a effectué un énorme travail de documentation pour nous présenter le peuple inuit et ses traditions, les chiens loups, les ours blancs, la vie dans ces contrées sauvages.

Plus qu’un polar, un cri d’alarme, un roman qui nous fait réfléchir à la fragilité de notre planète, à l’équilibre précaire entrain de basculer vers le point de non retour (trop tard pour faire marche arrière),  à la folie destructrice des hommes, aux conséquences écologiques dramatiques de nos comportements irresponsables.

C’est sublime, noir, effrayant,  lumineux par moment, glaçant, brillant, d’une rare puissance. Vous ne regarderez plus jamais le groenland comme avant.

Un livre que j’ai lu comme projetée dans un film tant l’écriture est visuelle dans les moindres détails. Les descriptions de la banquise, des paysages immaculés, des aurores boréales sont d’une beauté à couper le souffle et d’une sensibilité incroyable.

J’ai tremblé, j’ai eu peur, j’ai ressenti le froid intense et mes pieds gelés aux côtés d’Anita, de Fergusson, de Malte, de Mathieu, de Luv, de Lupin… et les mots me manquent pour parler de ces personnages d’une force impressionnante et d’une grande humanité.  Ils se verront  tous confrontés aux limites de leur instinct de survie, jusqu’à l’innommable.  Sonja Delzongle est une magicienne hors pair pour créer des protagonistes touchants et bouleversants de justesse.

Je tourne la dernière page en essuyant mes larmes, le coeur serré… je me sens orpheline.
Comment sortir indemne d’une telle lecture ?  Je penserai longtemps à Lupin, le magnifique chien loup qui m’a émue profondément.

Un coup de foudre
un coup de coeur
un coup au coeur
un incontournable
Passer à côté serait une grave erreur !!!

Et au risque de me répéter, Sonja Delzongle… c’est LE TALENT à l’état pur.

Mention spéciale pour la sublime couverture.

Je remercie chaleureusement les éditions Denoël et Sonja Delzongle pour leur confiance.

4ème Couverture

Janvier 2017, au Groenland. Là, dans le sol gelé, un oeil énorme, globuleux, fixe le ciel. On peut y lire une peur intense. C’est ainsi que huit scientifiques partis en mission de reconnaissance découvrent avec stupeur un boeuf musqué pris dans la glace. Puis un autre, et encore un autre. Autour d’eux, aussi loin que portent leurs lampes frontales, des centaines de cadavres sont prisonniers du permafrost devenu un immense cimetière. Pour comprendre l’origine de cette hécatombe, le chef de la mission fait appel à Luv Svendsen, spécialiste de ces phénomènes. Empêtrée dans une vie privée compliquée, et assez soulagée de pouvoir s’immerger dans le travail, Luv s’envole vers le Groenland. Ils sont maintenant neuf hommes et femmes, isolés dans la nuit polaire. Le lendemain a lieu la première disparition.

Editeur: Denoël, 448 pages, date sortie: 8 mars 2018

3 réflexions au sujet de « Boréal – Sonja Delzongle »

  • 8 mars 2018 à 10 h 36 min
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    Une chronique qui donne très envie de découvrir le livre! Moi qui suis allée au Groenland, il ne me reste plus qu’à courir acheter ce bouquin!

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    • 8 mars 2018 à 14 h 55 min
      Permalink

      Merci pour le commentaire. Boréal est une perle rare et Sonja Delzongle possède un talent hors du commun.

      Répondre
  • Ping :Bilan lecture mars 2018 - Livresse du Noir

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